16/04/2006
Gégé à Goma... N°1
Après Kien-Vy et Ben, Gérard a rejoint Kivu... et son volcan attirant...
Romain
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Dimanche 15 janvier 2005.
Au ciel du Congo, Partage d'images,
J'ai survolé des paysages dignes de Yann Arthus Bertrand ; les méandres du fleuve Congo parcouraient la forêt tropicale en dessinant des courbes aux formes rêveuses.
Nous avons joué à saute-mouton avec l’équateur en traversant une première fois cette ligne imaginaire, puis à nouveau en redescendant vers le sud après une halte sur les terres natales du défunt Mobutu. Il faisait lourd, très lourd, de cette chaleur moite et ruisselante qui charge le moindre déplacement. J’y ai redécouvert l’odeur caractéristique des corps noirs transpirants, comme une sorte de léger brûlé, un fumé de viande et de bois qui se consume. Pas très poétique comme terme mais c’est une senteur difficile à décrire. Elle m’est réapparue comme au jour de mon premier voyage en Afrique de l’Est. Et aussi cette sensation du temps, indéchiffrable, d’absence de minute, de pesanteur ; des gens qui attendent, qui regardent, ou qui roupillent en équilibre sur une chaise.
A l’ombre d’un grand arbre reposaient 3 fauteuils jaunes en plastique... Le papa nous a servit une boisson rouge sucrée, une sorte de sirop pétillant aux aromates grenadine. Mais il n’y avait que la couleur, et du sucre, rien que du sucre. On appelle souvent papa l’adulte à qui l’on s’adresse pour lui demander un renseignement ou un conseil. Expression aux consonances mi paternelles mi coloniales ; parait-il que c’est une sorte d’habitude teintée de reconnaissance et de respect envers l’autre.
Et puis les méandres sont réapparus de nouveau. Et toujours ces vastes étendues vertes, à l’infini, parfois perforées de taches bleues. De l’eau en abondance.
Et enfin les cotes ; les berges du lac Kivu apparaissent, presque comme une mer. Une étendue bleue parsemée d’îlots de terres aux contours colorées. Nous arrivions sur Goma. L’altitude écrase les montagnes, et ce n’est qu’après l’atterrissage que j’ai découvert ce fameux massif.
"Nous avons la peur" me répondit le chauffeur alors que je lui demandais comment allait la ville.
"Regarde la terre, elle est noire". Et c’est exact, bon dieu qu’elle était noire. Surprenant car nous avions foulé la terre rouge lors de nos deux précédentes escales, comme ce tissu qui recouvrait les pistes d’atterrissage ou cette poussière ocre balayée par les hélices du bi-moteur. Et du ciel ces quelques lignes colorées qui s’enfuyaient de la bourgade pour se frayer un fragile chemin à travers la foret dense. Et qui disparaissaient presque aussitôt, englouties par le manteau tropical.
Mais à Goma la mère nourricière en avait décidée autrement. Elle s’était répandue sur la ville de toute sa force en dégueulant d’infâmes coulées de boue noire à même le sol. Disparition de la couleur, absence d’ocre. L’asphalte nous balançait sur nos sièges dans un mouvement de balancier un peu fou.
"Regarde sur ta gauche, derrière la barrière nuageuse" ajouta t-il, "le volcan est la".
L’éruption du cratère il y a 3 ans avait engloutie une partie de la ville, l’aéroport était scindé en deux sur l’extrémité nord de la piste. Mais la vie s’était réinstallée sur le manteau de lave. Les fondations et les murettes des maisons se teintent dorénavant aux couleurs de la lave. Une sorte de pierre grise et noire, lisse quand elle est taillée dans la masse, alvéolée et impure à sa surface.
"L’avantage quand tu construits sur ces terrains, c’est que tu n’as même pas besoin d’acheter la matière première, il te suffit de tailler dans le sol" nous raconte le chauffeur. On fait avec, on ne peut rien changer. Il faut accepter... Mais la peur ne s’est pas enfuit, elle reste encrée dans les esprits. Il y a trois semaines à peine la terre a de nouveau tremblée mais le volcan n’a pas fumé. Pour les quelques maisons qui ont survécu, le rez-de-chaussée se retrouve dorénavant à mi-niveau en dessous de cette nouvelle route. On a simplement taillé des marches à même la roche ou dégagé une bande de 2 ou 3 mètres devant l’habitation. Et les artisans ont redémarré leurs activités.
Nous continuons notre chemin lorsque enfin la langue rugueuse se termine, plongeant la route dorénavant vers le bitume. Vers l’ancienne vie, le terreau d’avant la catastrophe.
Le voyage nous a mené d’Ouest en Est du Congo, de Kinshasa la capitale vers Goma la ville située dans la province du Kivu, au bord du lac. Quelques centaines de mètres nous sépare du poste de douane Rwandais.
Parlons boulot...
Je suis basé sur Goma, loin de la capitale, et c’est tant mieux. Le log volant s’est finalement posé sur la terre ferme. Adieu la vie de bureau même si je sais qu’ici je devrais assurer qqs présences en réunions, voir d’animer certaines.
Titre oblige, je m’appelle dorénavant Logistician Field Coordinator ; impressionnant n’est-il pas ? Je redémarre notre présence sur le Kivu après des débuts difficiles ici (depuis fin septembre date de notre arrivée, il y a eu le départ du premier log à peine 2 mois après, puis du second suite à un accident de voiture le lendemain de noël). La tache ne sera pas facile au vue des rapports entre les différentes agences ici ; habitude, routine et enjeu de pouvoir. Y a du boulot !
L’avantage est que je serais relativement autonome dans l’organisation de mon emploi du temps, et donc pour les moments d’écriture. Il faut que je résolve en priorité les problèmes de connections e-mail. L’installation devrait se faire en milieu de semaine. Dans l’immédiat je dépends d’une agence ou je dois me rendre tous les matins pour lire ma boite.
Gerard,
Goma
16:00 Publié dans Extraits de Mission...Congo, Extraits de Missions... Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale


















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