29/10/2005
La faim du Niger N°4
Le 3 octobre 2005,
Déjà deux mois d'urgence, je suis en passe de devenir le plus ancien expat de la mission, vu que les premiers médecins et infirmières ne venaient que pour 2 ou 3 semaines maximum...
Ici encore comme en Angola, je suis tombé dans le Burn-Out... Si ça continue je vais finir NPPP. Ah! Je rêve d'une mission bien tranquille, où je puisse faire un travail qui serve sur du long terme, ou je puisse me fondre à la population et avoir une activité sociale en regard du travail... Ici c'est boulot boulot boulot... Normal c'est l'urgence, même en capital, même derrière un bureau. Prévue pour 15 expats au début, la mission atteint aujourd'hui les 65 expats, dont une majorité de médecins, infirmières, nutritionniste, plus les logs construction et watsan. Et tous sur le même site de Zinder : 2 bureaux, 6 maisons, 40 voitures et camions, 3 centres thérapeutiques de renutrition ouverts.
J'ai compté que 110 expatriés étaient passés par moi, ce qui signifie aussi que 50 environs ont déjà fini leur mission et sont rentrés... Cette mission est devenue la mission N°1 pour notre ONG, de part le nombre d'expats envoyés sur le terrain (du jamais vu) et par le budget qui se monte en dizaines de millions d'euros sur seulement 2 mois.
En fait ici à Niamey, je ne fais que ça gérer les départs et arrivées sur le terrain... Ca me bouffe tout mon temps... Mais il faut en plus que je m'occupe de la compta de base, de la compta mission, du staff local, du settings administratif (toujours pas fini), des problèmes de Sécu sociale et d'impôts, de dédouanement et détaxes, etc. Bref je meurs...je manque d'assistant, et surtout de temps pour en recruter d'autres... BURN-OUT !!
-----------------
La situation au NIGER : rien de nouveau sous le soleil, la saison des pluies se termine, les récoltes ont commencé, et les plus pauvres continuent à crever la dalle. L'arrivée de céréales fraîches (mil, sorgo) sur les "marchés" ne semble rien résoudre à la crise alimentaire, car la plupart des cultivateurs ne sont plus propriétaire de leurs récoltes (phénomène d'endettement décrit dans mon précédent mail – je t'avance un sac de mil pour bouffer maintenant, contre 4 ou 5 rendu à la récolte). D'autres part, la spéculation céréalière au Niger ne semble pas s'être arrêtée, loin de là. Bref une partie du Niger continue à avoir faim...
Sur Maradi, nous avons depuis longtemps explosé le seuil des 5.000 enfants MALNUTRIS SÉVÈRES admis... Notre ONG-France à Maradi en ont déjà traité plus de 15'000. Sur Zinder, la moyenne est de 1.000
nouvelles admissions par mois, si il nous est permis de parler de moyenne en seulement 2 mois d'activité. Si nous continuons comme cela, nous battrons rapidement un triste record dans l'humanitaire, celui d'avoir ouvert le plus gros centre de renutrition (CRENI - Centre de Renutrition et Education Nutritionnelle Intensif) avoir plus de 1.000 enfants traités sur un même site.
Les instances ONUsiennes, l'état Nigérien et la communauté internationale ont pris le problème très en retard, voir on carrément minimisé le problème... Nous même reconnaissons que nous sommes intervenus trop tard sur le terrain (juillet 2005 à Zinder) alors que les indicateurs étaient inquiétants, et que les français qui sont sur la région de Maradi et Taouhat depuis 3 ans voyant les chiffres des admissions explosés de façon exponentielle... TOUT EST DONC ARRIVÉ TROP TARD, et nous ne faisons que ramasser ceux qui ne sont pas encore mort.
Une étude nutritionnelle et sur la mortalité rétrospective a été menée courant aout.05 sur la région de Zinder : la conclusion est que le taux de mortalité a dépasser les 4/10.000 (4 décès par jour pour 10.000 habitants). Ces chiffres ne prennent en compte que les décès d'enfants de moins de 5ans (la cible pour notre ONG)... C'est alarmant, c'est horrible... A 2/10.000, toutes populations confondues, c'est déjà le seuil d'alerte maximum de l'urgence d'intervenir... qui correspond plus à des crises épidémiques : choléra, méningites, etc. Ici c'est seulement de la malnutrition (famine) des enfants de moins de 5 ans !!!!!
Pour comparaison, en Europe ou en Occident, le chiffre normal des décès (renouvellement naturel de la population) trouve autour des 0.1/10.000, voir 0.05/10.000 ... Ici au NIGER, c'est toute une population qui a été exterminé, génocidée par la faim !!! Lors de nos "screening" (ratissage pour dépister les malnutris), nous avons été étonnés de ne pas trouver d'enfants (ou très peu) entre 3 et 5 ans... L'idée qui se répand de plus en plus est que ces enfants seraient déjà morts, soit cette année, soit par les famines des années précédentes...
IL Y A CLAIREMENT UN TROU DANS LA PYRAMIDE DES AGES !!
A coté de cela, le PAM (Programme Alimentaire Mondial), sous la pression des bailleurs internationaux et du FMI (Fonds monétaires international), annonçait le 15.sept qu'il cesserait leur programme de distribution de
nourriture... Raison invoquée: ne pas déstabiliser le marché économique des céréales (traduction: le libre échange et la spéculation) à l'approche des récoltes céréalières. Dommage, car au 15.sept, le PAM n'avait en tout et pour tout distribuer que 16% -- UN HUITIEME !! – du tonnage annoncé et PROMIS en début de crise, et globalement pas aux bons endroits (car ces cons se sont basés sur des données épidémiologiques fausses, celles-là même qui permettaient au Gouvernement de dire qu'il n'y avait pas de crise alimentaire). Bref le PAM a distribué de la bouffe à des gens de ne souffraient pas vraiment de famine. A Zinder, la population n'a jamais aperçu ni camions ni les avions du PAM... là-bas on meurt tranquille!
La même enquête citée plus haut donnait des chiffres alarmistes de malnutrition sévères et modérés chez les enfants de moins de 5 ans... Projeté sur la population de la province de Zinder (province d'intervention de notre ONG), soit environ 2 millions d'habitants, ces chiffres nous donnent une population d'enfants souffrants de
malnutrition modérée estimée à 100.000 enfants. CENT MILLE ENFANTS !!!
Attention, nous ne parlons pas d'enfants qui mangent mal -- ils seraient encore plus -- nous parlons d'enfants qui ont DEJA BACULE dans la MAL-NUTRITION, avec des signes cliniques modérés, mais qui en quelques
semaines, si rien n'est fait et que rien ne s'améliorent sur le plan nutritionnel, basculerons définitivement dans la malnutrition sévère et la mort...
HORS MALGRE notre organisation, nos compétences, l'argent des donateurs en Europe et en occident, nous ne seront jamais en mesure de faire face à cette marée humaine de malnutris, à ce Tsunami de la famine... Notre ONG a donc battu le pavé, fait le seatting des instances ONUsiennes et du lobbing auprès des autres ONG partenaires intervenants dans le même domaine sur Zinder, pour que soit organisé ASAP (aussi vite que se peut) un blaket-feeding, une distribution de bouffe généralisée pour toutes les familles ayant un enfants malnutris modérés -- Bref notre ONG organise la distribution de bouffe que la PAM n'a jamais lancée, qui n'est jamais sur place et qui s'est arrêtée avant de commencer...
Comme nous sommes déjà over-booked avec nos 65 expatriés et nos 1.000 adminssions mensuelles sur le champ médical de Zinder, notre ONG a demandé aux trois autres sections européenne de prendre en charge ce blanket-feeding. Objectif: avec l'aide de partenaires - UNICEF, GOAL, Save the Children – réduire rapidement et massivement le nombre d'enfants malnutris modérés qui tombent dans la malnutrition sévère, avec complication médicale, et que nous nous seront plus à même de gérer dans nos centres CRENI-CRENAS de par leur nombre... Cela semble bien parti...
Mais inévitablement cette distribution massive de nourriture thérapeutique sur l'ensemble de la province amènera à "screener" (découvrir) de nouveaux cas de malnutrition déjà sévères, donc à augmenter le nombre d'admission... La mission à Zinder va donc continuer à grossir, avec plus d'expatriés et de médicaux, va se diviser en plusieurs projets et site, etc. Il est d'ailleurs maintenant acquis que nous passerons de l'urgence nutritionnelle et la post-urgence sur plusieurs mois, voir une année.... Notre ONG s'installe pour longtemps à Zinder, car les facteurs économiques, agricoles, politiques, démographiques qui ont conduit à cette crise de 2005 ne sont toujours pas bien connus, et encore moins maîtrisés et contrebalancés...
Il est donc a prévoir une NOUVELLE CRISE ALIMENTAIRE MAJEURE en 2006, si le gouvernement Nigérien, les instances ONUsiennes et le FMI/Banque Mondiale ne tirent pas les conséquences de la terrible crise de cette année...
Les français (notre ONG-France) qui se sont installés dans la région de Maradi et Taouhat en 2002, ont vu eux la famine s'aggraver et s'accroître chaque année, sans que soit trouvée une solution !!! En 2003 ils faisaient 3.000 admissions.... cette année ils dépasseront le 20.000 enfants traités !!!!!!!!!!!!!!!
GOOD LUCK NIGER .....
Olivier.G
09:00 Publié dans Extraits de Mission... Niger , Extraits de Missions... Afrique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
06/09/2005
La faim du Niger N°3
Le 23 août 2005,
Bonsoir à tous,
LES RAISONS DE CETTE CRISE NUTRITIONNELLE (j'ai pas dit FAMINE!!)
Les raisons sont multiples et complexes... D'ailleurs vous avez sûrement du lire un bon article là-dessus (moi j'ai plus le temps de tout lire) si vous n'êtes pas le nez systématiquement collé dans "Voila, Public, People, Interview ou Chocs".
Bon, en 2004 il y a eu la sécheresse et l'attaque des criquets pèlerins qui ont tous bouffés... Mouaissss, sauf qu'en fait 2004 a finalement été une très bonne année pour les récoltes au Niger... La sécheresse a surtout touchée la bande Sahélienne, et les criquets ont bouffés les pâtures plus que les cultures...
Résultat, ce sont plutôt les tributs nomades, Peuls ou Touaregs qui vivent de l'élevage (vaches, chameaux) qui en ont souffert, perdant tout ou partie de leurs troupeaux, c'est à dire tout, car le troupeau, c'est la richesse, c'est le
compte en banque, c'est l'avenir du clan, c'est le capital des futures générations. Bref plus rien, ou pas grand chose (une bête décharnée, ça vaut peau de couilles à la boucherie...). Donc détresse, lamentation, extrême
pauvreté (mais si mais si, on trouve encore le moyen d'échelonner le niveau ZERO de la pauvreté, les nigériens étant déjà pauvres parmi les plus pauvres), suicide, etc.
Bon maintenant la "soudure". Normalement après la récolte les paysans vendent une partie de leur stock de céréales (essentiellement du mil) au court le plus bas, pour faire rentrer un peu d'argent dans le ménage et assurer quelques dépenses de biens, vêtements, ainsi que pour les mariages et les rendez-vous sociaux et communautaires... Juste avant la récolte suivante, la faim se fait sentir, et souvent ils doivent racheter leur propres production à 1.5 ou 2 fois de leur prix de vente... Souvent pour cela, ils s'endettent sur la prochaine
récolte : 1 sac maintenant pour manger contre 2 sacs remboursés à la prochaine récolte... C'est ce que les financiers appellent un TAUX USURIER (+100% en moins d'un an). C'est donc cela qu'on appelle la soudure, période de vache maigre ou il devient difficile de nourrir sa famille et de manger à sa faim. C'est partout
pareil en Afrique de l'ouest (Mali, Burkina, Sénégal, Mauritanie, ...) avec plus ou moins d'ampleur selon les années, plus ou moins d'aide, plus ou moins de morts...
Le problème, c'est que cette année 2005, avec les annonces de mauvaises récoltes, les marchands (Ah! Les salauds, sale race !) ont spéculé sur le cours des denrées de base, comme le mil... créant des stocks artificiellement. Ce qui fait que le sac de 50kg de mil ne se vend pas x1.5 ou x2 de son prix planché, mais x4, x5, x7 !!! Vous voyez le tableau : "cher pauvre paysan affamé, je te donne 1 sac de mil maintenant pour nourrir ta famille, et pour me rembourser, tu m'en donneras 7!! lorsque tu auras finis de récolter... Je vous laisse trouver
les vocables qui s'appliquent à ce genre de commerce... qui arrange tout le monde, les dirigeants, les marchands, les spéculateurs, les blancs, la France !!
Pour info, l'Ambassadeur de France au Niger a quand même du faire un appel public à la modération spéculative des "richards", mais nul ne peut troubler la loi des marchés et du nouvel ordre économique mondial -- dixit la Banque Mondiale... Donc pas d'interventionnisme politique sur les marchés économiques, et les affameurs continueront d'affamer et de ramasser la mise.
DONC ! TOUT LE PARADOXE EST LA ! CE N'EST PAS UNE FAMINE, CAR LES MARCHES ET LES ETALES SONT PLEINES DE BOUFFE !!! Seulement les prix ont tellement augmentés que la nourriture la plus simple devient hors d'atteinte des plus pauvres... et ils sont nombreux. Les populations n'ont plus accès à la nourriture, d'ou des problèmes de malnutrition, qui touchent d'abord les plus faibles, et tout particulièrement les enfants de moins de 5 ans, comme sacrifiés...
Pour envenimer le tout, il y a les facteurs politiques et mondiaux. Le Président de la République du Niger niait encore il n'y a pas si longtemps l'existence d'une crise nutritionnelle au Niger, tout comme certains experts internationaux.
C'est vrai que certains aiment jouer sur les mots... puisqu'il n'y a pas famine !! Les stocks de nourriture "tampons" subventionnés se trouvent de fait insuffisants, les promesses de dons ne sont pas tenues, la communauté internationale a mis énormément de temps avant de réagir aux alertes de "crise annoncée", la France en particulier à freiner (c'est le donateur N°1 du NIGER), les études et les systèmes d'alertes ont mal fonctionnés, etc. Bref, si certains avait vu venir cette crise et avait appelé à l'aider, ils n'ont pas été entendus, ou trop tard...
Or cette crise aurait pu être désarmée rapidement en amont : contrôle des prix du marché (je sais, c'est anti-libéral!), injection de stocks de bouffe à bas prix, distribution gratuite, etc. Cela aurait permit de voir venir
tranquillement la prochaine récolte, avec un coût moindre... Aujourd'hui, pour la même intervention en URGENCE, les coûts vont être MULTIPLIER PAR 100, car ce n'est plus seulement de la nourriture de base bon marché qu'il faut acheminer et distribuer, c'est de la nourriture thérapeutique, des médicaments importées à
grands frais (urgence oblige, tout arrive par avion), des matériels médicaux, des médecins, des compétences pointues, etc. Tout prend de l'ampleur maintenant que les Nigériens, surtout les enfants, en sont au stade final...
C'est la course à la vie... Le bilan économique est accablant... le bilan humain est désastreux !!
Quotidiennement nous avons plusieurs morts d'enfants de moins de 5 ans... L'objectif, c'est de tomber à une morbidité en dessous des 2 morts par jours pour 10.000 habitants !! Et même avec ce chiffre (seuil acceptable!?), ça fera encore pas mal de petits cadavres...
LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE ENCORE
Les questions auxquelles je ne répondrais pas, car nous n'avons pas encore les réponses : les études et les réflexion sont en courts...
1) Pourquoi la malnutrition touche-t-elle plus particulièrement les enfants de moins de 5 ans ?
Enfant trop faible ? Maladies et infections opportunistes (malaria, tuberculose, diarrhées, etc.) ? Enfants/générations sacrifié(e)s ? Mères qui ne peuvent plus allaiter ? Sevrage trop précoce ? Poids d'une démographie galopante, et d'une fertilité le plus élevée d'Afrique -- 8 enfants/femme en moyenne. Moindre résistance à la disette ? Honte de ne pas pouvoir nourrir son enfant et sa famille, qui fait que l'on cache le petit dernier amaigri (la plupart des admissions se sont de nuit, à l'habit des regards) ? etc.
2) pourquoi les systèmes d'alerte précoce n'ont pas fonctionné ?
Pourquoi les études exploratoires menées par des équipes d'épidémiologistes n'ont-elles rien vu venir ? Ou n'ont pas permis de mesurer la réelle ampleur de cette crise ?
3) Pourquoi la communauté mondiale a-t-elle été si longue à réagir ? Pourquoi la crise a-t-elle mis tant de temps avant d'être couverte ? Y avait-il un Pape mourant au même moment ? Ou un gros transfert footballistique en Ligue 1 ?
4) Et que dire du Mali, du Burkina, de la Mauritanie, pays également de la zone Saharienne, partageant la même sécheresse et le même désert, et qui a leur tour lance des appels à l'aide internationale et au risque de "famine" sévère ??
Voila! Voila les informations que je pouvais donner sur cette crise, moi qui vois cela depuis ma capitale Niamey, à 1.000km et 12heures de route du terrain, moi qui voit passer dépêches après dépêches sur mon ordinateur, moi qui voit revenir les médecins et les infirmières du "front", fatigués, cassés, désabusés...
Voilà! A vous de prendre de relais, de VOUS informer, de témoigner, de débattre, d'agir... Après tout c'est vous la "Communauté Internationale", et pas qu'un peu ! Et si vous pensez que nos institutions "représentatives" nationales et internationales ne sont pas à la hauteur, alors faites bouger tout cela... C'est votre force, c'est votre devoir...
A+ des news...
Olivier.G
Niamey
15:40 Publié dans Extraits de Mission... Niger , Extraits de Missions... Afrique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
02/09/2005
La faim du Niger N°2
Le 23 août 2005,
Bonsoir à tous,
Déjà 18 jours que je suis arrivé au Niger, à Niamey (capitale), et c'est seulement maintenant que j'arrive à relever la tête du guidon pour trouver quelques minutes et vous écrire ces lignes...
SITUATION
NIGER - Niamey / Capitale
Afrique de l'Ouest - zone Sahélienne semi-aride et aride / désert 30 à 40°C - saison des pluies (averses intermittentes)
Travail depuis le 3 août 2005 / mission jusqu'à prévue en décembre, si la crise s'estompe...
PROGRAMME
Le Niger connaît actuellement l'une des plus graves crises alimentaires que le pays n'ait jamais connu. Je précise: CRISE ALIMNETAIRE et non pas FAMINE... J'y reviendrais plus tard. Notre ONG (toutes sections confondues) intervient au Niger sur la partie médicale de l'urgence nutritionnelle, en fournissant une assistance médicale et thérapeutique auprès des enfants de moins de 5 ans malnutris sévères ou malnutris modérés mais présentant des signes pathologiques mettant en cause le pronostic vital... D'autres organisations interviennent aussi au Niger sur la phase médico-nutritionnelle (ACF, CARE), d'autres plus sur la distribution de vivre et de nourriture (Croix-Rouge, CICR, croissant rouge Iranien, Secours Catholique, GOAL, UNIEF, etc.)
Donc nous nous concentrons sur ces petites crevettes noirs que vous avez peut-être vue en photos dans les journaux "intelligents" (le Monde, Libé, Nouvel Obs, etc..) ou peut-être à la TV (Arté, France2 ??), faibles, décharnées, des yeux noirs globuleux et hagards, et qui généralement meurent dans les 48h s'ils ne sont pas pris en charge MEDICALEMENT... car les nourrir ne suffit pas ! D'ailleurs ils n'ont plus la force de manger !!
Initialement, notre ONG section France était présent au Niger depuis quelques années à Niamey et dans la région de Maradi (1ère ville commerciale, frontière Nigeria), pour lutter contre les problèmes endémiques de malnutrition qui apparaissent chaque année. Cette fois-ci c'est plus grave et plus étendu. Notre ONG a donc appelle "à l'aide" les autres sections opérationnelles internationales, pour venir renforcer son action et s'occuper de la crise nutritionnelle sur d'autres régions du Niger.
Notre ONG s'occupe donc de la région de Zinder (3ème quart Est du pays) depuis le 15 juillet, notre ONG section Hollande de la région de Difa (complètement à l'Est, région du Lac Tchad et frontière Tchadienne), notre ONG section Espagne sont attendus à Agadez (milieu Nord du pays), et notre ONG section Belgique s'installent à Tanout, au Nord de Zinder. Tout cela coûte des millions d'euros !! Heureusement il y a eu le report des dons des donateurs du Tsunami pour les autres programmes... Donc merci au Tsunami, merci aux donateurs !
AMPLEUR DE LA CRISE
Les problèmes de malnutrition chez l'enfant sont communs et endémiques en période de "soudure", période où il n'y a pas grand chose à manger entre la fin des stocks de l'année précédente et la nouvelle récolte à venir.
L'année dernière, notre ONG section France avait traité (=hospitalisé) environ 17.000 enfants 5ans dans la région de Maradi, sur toute l'année 2004. En 2005, ils ont traité le même nombre d'enfants en seulement 4 mois. Notre ONG qui n'a ouvert ses centres CRENI et CRENAS à Zinder que depuis fin juillet à déjà traité 1.700 enfants 5 ans... Et il en sort tous les jours de tous les cotés...
CRENI : Centre de Re-Nutrition Intensive
CRENAS : Centre de Re-Nutrition Ambulatoire Sévère
MON TRAVAIL
En tant qu'administrateur capital, mon travail est d'installer la mission au Niger, légalement (accord avec le Gouvernement et le Ministère de la Santé -- eh oui, on peut pas faire ce que l'on veut, on n'est pas en terrain conquis !!), juridiquement, administrativement, et financièrement. Bref je passe mon temps dans les administrations, ministères, banques, fournisseurs de services divers, et aussi accessoirement bcp bcp beaucoup de temps à mon bureau devant mon ordinateur... outil de travail du gestionnaire !!
L'autre TRES GROS POSTE de ma mission, c'est de gérer le flot d'expatriés qui arrivent et qui partent en continu. Au départ, la mission devait compter 15 personnes expatriés : c'est ce qu'on appelle déjà une "bonne mission". Dans quelques jours, nous seront pas loin de 60 personnes pour la section Suisse... Idem pour les français ! Le NIGER est la plus grosse urgence de notre ONG depuis des mois !!
Comme il s'agit d'une mission MEDICALE, le plus gros du staff expats est composé de médecins, infirmiers(ères), nutritionnistes... presque 35 à 40 postes déjà. Le reste, ce sont des logisticiens (bouffe, approvisionnement, construction, eau et sanitation) et la coordination, dont je suis l'une des chevilles ouvrière. Mais revenons aux medicos... Nous sommes au mois d'août: tout le monde est en vacances, impossibles de trouver du personnel médical volontaire pour l'urgence Niger. De même il est impossible de recruter sur place des généralistes, cela voudrait dire débaucher des médecins compétents déjà affectés à un système de santé qui
manque de bras et tient comme il peut... Notre ONG a donc fait un appel international pour trouver des médecins et infirmières volontaires... On finit pas trouver, car vient de partout, d'Afrique, de très loin même... Mais comme ces volontaires prennent généralement sur leurs congés et vacances pour venir aider, ils ne viennent ici que pour de courtes périodes: 2,3 semaines, voir 1mois, 2 maxi... Ce qui veut dire que c'est un constant défiler d'expatriés ici à Niamey, entre ceux qui arrivent et ceux qui repartent. La semaine passée, j'ai eu près de 20 mouvements... Les avions sont pleins à craquer, les vols coûtent chers, on finit même par devoir réserver les 1ères classes (bien obligé) et c'est AIR FRANCE qui ramasse la mise, principale compagnie "MONOPOLISTIQUE" sur cette partie de l'Afrique de l'Ouest...
Donc voila, lorsque j'ai fini d'accueillir les expatriés à la descente de l'avion, que j'ai fait tous leurs papiers, que je les ai envoyé sur le terrain à Zinder, que je me suis occupé de leur billet retour, de leur booking et de leur changement de date intempestive, et bien il me reste encore mes nuits pour faire le reste, la comptabilité, la gestion des ressources humaines, les plannings de travail, et vous écrire... mais ça c'est plus rare.
A suivre…
Olivier.G
Niamey
15:35 Publié dans Extraits de Mission... Niger , Extraits de Missions... Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
11/08/2005
La faim du Niger N°1
Après être rentré pour 3 mois de repos bien mérité, Olive repart sur les routes de la Solidarité… Après l'Angola, il va au Niger. C'est un Olivier frais (?) mais encore bien éveillé et surtout lucide qui nous éclaire sur la situation du Niger.
Bonne Lecture
Romain
Le 2 août,
Cher(e)s ami(e)s,
Les choses vont vites... Il faut dire que le monde va mal, et les crises s'enchaînent.
Je repars en mission ce vendredi (5 août) pour le Niger, ou je vais travailler à Zinder, l'une des zones agro-pastorale où sévit actuellement une des plus grave famine que le Niger est connue.
Je prends le train demain pour Genève, où j'aurais un briefing avant mon départ.
La mission est prévue pour 4 mois, retour fin novembre 2005, mais ce sont la des prévisions.
Comme toujours je vous tiendrais informé de ma situation et de celle des populations avec qui je travaillerais.
L'ONG mènent actuellement des programmes d'urgences nutritionnelles pour venir en aide aux populations Nigériennes touchées par la famine. Elle intervient sur le volet SANTE et URGENCE : ils traitent les enfants de moins de 5 ans victimes de malnutrition sévères (coma, hospitalisation) et malnutrition modérées (programme de ré-alimentation). Des distributions de nourriture de base sont aussi prévus pour les familles touchées (mais ça c'est plutôt le boulot du PAM - Programme Alimentaire Mondial - et d'autres ONG).
Le programme est clair et énorme : traiter plusieurs dizaine de milliers d'enfants malnutris dont l'état nécessite une prise en charge médicale, et redescendre sous une morbidité inférieur à 2enfants/10.000 par jour.
Pour la petite histoire géo-politique, sachez que cette situation n'est ni nouvelle, ni imprévisible. Le Niger connaît tous les ans ces pics de famine, au moment de la "soudure", période entre la fin des réserves et les nouvelles récoltes. Mais cette année, elle a été aggravée par des calamités climatiques et naturelles : sécheresse, invasions de criquets, etc. et surtout la flambée des prix des matières premières. LA NOURRITURE NE MANQUE PAS, seulement les marchands spéculent, si bien que les denrées de base (mil, haricots) sont 500% plus chers que la normale, contre 200% les autres années. Et le Gouvernement, poussé/influencé par la Banque Mondiale, ne veut surtout pas intervenir sur les marchés et le prix des denrées de base.... Il est vrai que la plupart des marchands et spéculateurs sont au gouvernement... Il y a aussi des blancs!! La vérité c'est que la nourriture ne manque pas au Niger, elle est seulement TROP CHERE pour être à la portée de population totalement démunie qui n'ont plus rien !!!!!
Le problème est connu. Chaque année après la récolte les fermiers/paysans vendent une partie de leur récolte (prix planché) pour assurer les frais de la famine : achats vêtements, mariage, dotes, etc. Au moment de la soudure, avant la nouvelle récolte, ils sont bien souvent obligé de ré-acheter de la nourriture (mil, haricots) pour éviter la disette, à 150% ou 200% du prix normal (et doivent revendre une partie de leurs biens). Cette année les récoltent ont été mauvaises ou inexistantes : pas d'argent, pas de stock personnel, et la spéculation des marchés libres de régulations (cf. principe ultra libéral du modèle Banque Mondiale) fait grimper le mil à 400% ou 500% du cours normal. Si t'as pas d'argent, alors tu crèves... et les enfants en dessous de 5 ans, les plus vulnérables, sont les premiers touchés (voir les scènes à la TV). Autre solution "honnête" : emprunter un sac de mil, remboursable contre 4 ou 5 à la prochaine récolte... Qui de nos jours accepteraient des taux de 400 à 500% sur quelques mois!! Et la justice là-dedans ? L'équité, l'égalité, le respect des lois ??? Pire, même si la récolte de cette année est très bonne, il y a fort à parier que le problème se reproduira l'année prochaine, car cette récolte est déjà hypothéquée par les préteurs/spéculateurs !!
Dernière chose : la sirène d'alarme a été tirée dès avril 2005. Mais le gouvernement nigérien et les instances internationales (Banque Mondiale, etc.) n'ont pas voulu intervenir pour ne pas déséquilibrer les marchés par l'introduction/distribution de nourriture gratuite ou à prix plafonnée.... Résultat aujourd'hui les enfants, les adultes et le bétails meurent de faim, et il faudrait 10 fois plus d'argent, voir plus pour gérer et régler cette crise que si les bonnes mesures avaient été prises dès le début de l'année !!!
A méditer !!
Et pendant que vous y êtes, posez-vous la question de "A qui profite le crise" ? Quels sont les états, les gouvernements et les hommes politiques qui soutiennent la directive de la Banque Mondiale, et le principe du "Tout marché".... Réfléchissez ! Votez ! Bonne nuit....
N'hésitez pas à en parler autour de vous, à relayer, à partager vos opinions et vos sources.
Et allez visiter les sites Web de MSF, d'ACF, et des autres ONGs d'urgence.
A bientôt. Amitiés
Olivier
11:15 Publié dans Extraits de Mission... Niger | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale


















