18/04/2006
Gégé à Goma... N°2
le 12 février 2006
Les étudiants pilleurs,
Les deux énergumènes ont escaladé la murette qui encercle le massif fleuri à l’entrée du domaine. Les hôtels chics ont tous ces sortes de ronds-points situés devant la réception, de cet endroit où le portier accueille l’incessante ronde des taxis.
Ils sont debout sur ce promontoire de verdure, le regard inoffensif et la bouille rieuse. Ce sont certainement des étudiants en humanité*, chacun d’eux transportent un classeur mais d’une manière bien curieuse, différente aux autres écoliers. La tranche repose à l’horizontal sur l’avant-bras gauche, les deux faces cartonnés pendantes en direction du sol. A la manière du serveur portant sur son avant bras la serviette blanche, et de l’autre le plateau.
Le spectacle commence. Les deux personnages se positionnent devant un fragile arbuste au feuillage décharné, comme si l’automne venait à s’annoncer. Mais nous sommes dans la petite saison des pluies, la période où les végétaux s’abreuvent et se rechargent avant l’arrivée de la période chaude. Cette maigreur parait incongrue au regard de la riche végétation qui entoure la plante.
Tandis que le bras se cale à hauteur de l’estomac, l’autre main cueille délicatement une feuille de l’arbuste, en cassant la tige à son embase. Ils sourient, amusés aux interrogations que leurs suggèrent nos regards intrigués. Nous sommes assis à la terrasse de l’hôtel, et je comprends dorénavant l’état de délabrement de ce pauvre arbuste.
Les deux compères maintiennent chacun la feuille coupée comme un stylo, la pointe vers le bas, prête à écrire. Et ils écrivent, chacun à leur façon. L’un promène la tige en dessinant des grands huit, d’un geste léger et régulier, d’une plume caressante. Le style du second est plus radical. Il tapote à la manière d’un poinçonneur, imprimant sur la surface une nuée de points, semblable aux gouttelettes d’une fine pluie naissante.
L’encre terminée, ils arrachent un nouveau stylo de l’arbre. Et le travail continue.
- Intriguant, me balance le collègue avec qui je partage le repas.
Comprends-tu quelque chose à ce curieux manège ?
- Pas la moindre idée, lui répondis-je la moue dubitative.
Le serveur nous observe d’un regard amusé. Son visage fait des allers-retours entre les deux scènes.
- Hé papa, peux-tu nous expliquer ce qui se passe sur le massif de fleurs ? Et pourquoi tu laisses ces jeunes piller ainsi l’arbuste ?
- C’est pas des manières surenchérit mon voisin.
- Polé polé*, nous annonce t-il avec ironie. Regardez, vous n’allez pas tarder à comprendre.
Le barman semble savourer son effet d’annonce et cultive avec délectation le suspens. Le dépeçage continue, les feuilles s’égrainent, et les blancs doivent savoir attendre.
Sorties de l’arrière de son pantalon, le premier étudiant tient entre ses doigts plusieurs bandes de papier. D’un geste agile il en saisit une qu’il dépose lentement sur le flanc du classeur du collègue, juste à l’endroit où l’écrivain poinçonnait. Sa main balaye d’un sens, puis d’un autre, jusqu’à frapper avec le plat de la paume l’aller-retour final.
- L’exercice est bientôt fini, ajouta le serveur, vous allez voir.
L’étudiant dorénavant attrape entre le pouce et l’index l’angle inférieur d’une des deux faces cartonnées, puis il laisse basculer le classeur qui reste suspendu dans un mouvement de balancier. L’objet s’immobilise enfin, quelques secondes encore, puis nos deux compères s’observent un instant, satisfaits de leur prestation.
- C’est réussi parait suggérer le premier.
- Affirmatif semble acquiescer le second, en déposant avec précaution le document sur le sol.
Les rôles s’inversent et l’exercice redémarre. Avec autant de délicatesse. La bande papier, je balaye, je frappe. Le balancier, quelques instants. Opération terminée, le test est réussi. Les deux classeurs sont maintenant prêts. Chacun dorénavant possède sur son flanc un papier blanc fraîchement collé.
- C’est l’arbre à colle, reprend le serveur. Une sève blanche et épaisse, comme le lait. Les étudiants en humanité viennent souvent ici avec du matériel d’occasion. Ils recouvrent les anciennes notations inscrites sur la tranche des classeurs avec un morceau de feuille blanche. Ou de couleur, ça dépend de ce qu’ils ont récupéré. Et hop, c’est reparti pour une nouvelle année avec du matériel refait à neuf !
- Une très bonne colle, vraiment, conclut-il d’un sourire satisfait.
* les humanités : équivalent du baccalauréat,
* Polé polé : doucement doucement, tout doux tout doux en langue Swahili.
L’arbre à colle,
GG, Goma.
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16/04/2006
Gégé à Goma... N°1
Après Kien-Vy et Ben, Gérard a rejoint Kivu... et son volcan attirant...
Romain
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Dimanche 15 janvier 2005.
Au ciel du Congo, Partage d'images,
J'ai survolé des paysages dignes de Yann Arthus Bertrand ; les méandres du fleuve Congo parcouraient la forêt tropicale en dessinant des courbes aux formes rêveuses.
Nous avons joué à saute-mouton avec l’équateur en traversant une première fois cette ligne imaginaire, puis à nouveau en redescendant vers le sud après une halte sur les terres natales du défunt Mobutu. Il faisait lourd, très lourd, de cette chaleur moite et ruisselante qui charge le moindre déplacement. J’y ai redécouvert l’odeur caractéristique des corps noirs transpirants, comme une sorte de léger brûlé, un fumé de viande et de bois qui se consume. Pas très poétique comme terme mais c’est une senteur difficile à décrire. Elle m’est réapparue comme au jour de mon premier voyage en Afrique de l’Est. Et aussi cette sensation du temps, indéchiffrable, d’absence de minute, de pesanteur ; des gens qui attendent, qui regardent, ou qui roupillent en équilibre sur une chaise.
A l’ombre d’un grand arbre reposaient 3 fauteuils jaunes en plastique... Le papa nous a servit une boisson rouge sucrée, une sorte de sirop pétillant aux aromates grenadine. Mais il n’y avait que la couleur, et du sucre, rien que du sucre. On appelle souvent papa l’adulte à qui l’on s’adresse pour lui demander un renseignement ou un conseil. Expression aux consonances mi paternelles mi coloniales ; parait-il que c’est une sorte d’habitude teintée de reconnaissance et de respect envers l’autre.
Et puis les méandres sont réapparus de nouveau. Et toujours ces vastes étendues vertes, à l’infini, parfois perforées de taches bleues. De l’eau en abondance.
Et enfin les cotes ; les berges du lac Kivu apparaissent, presque comme une mer. Une étendue bleue parsemée d’îlots de terres aux contours colorées. Nous arrivions sur Goma. L’altitude écrase les montagnes, et ce n’est qu’après l’atterrissage que j’ai découvert ce fameux massif.
"Nous avons la peur" me répondit le chauffeur alors que je lui demandais comment allait la ville.
"Regarde la terre, elle est noire". Et c’est exact, bon dieu qu’elle était noire. Surprenant car nous avions foulé la terre rouge lors de nos deux précédentes escales, comme ce tissu qui recouvrait les pistes d’atterrissage ou cette poussière ocre balayée par les hélices du bi-moteur. Et du ciel ces quelques lignes colorées qui s’enfuyaient de la bourgade pour se frayer un fragile chemin à travers la foret dense. Et qui disparaissaient presque aussitôt, englouties par le manteau tropical.
Mais à Goma la mère nourricière en avait décidée autrement. Elle s’était répandue sur la ville de toute sa force en dégueulant d’infâmes coulées de boue noire à même le sol. Disparition de la couleur, absence d’ocre. L’asphalte nous balançait sur nos sièges dans un mouvement de balancier un peu fou.
"Regarde sur ta gauche, derrière la barrière nuageuse" ajouta t-il, "le volcan est la".
L’éruption du cratère il y a 3 ans avait engloutie une partie de la ville, l’aéroport était scindé en deux sur l’extrémité nord de la piste. Mais la vie s’était réinstallée sur le manteau de lave. Les fondations et les murettes des maisons se teintent dorénavant aux couleurs de la lave. Une sorte de pierre grise et noire, lisse quand elle est taillée dans la masse, alvéolée et impure à sa surface.
"L’avantage quand tu construits sur ces terrains, c’est que tu n’as même pas besoin d’acheter la matière première, il te suffit de tailler dans le sol" nous raconte le chauffeur. On fait avec, on ne peut rien changer. Il faut accepter... Mais la peur ne s’est pas enfuit, elle reste encrée dans les esprits. Il y a trois semaines à peine la terre a de nouveau tremblée mais le volcan n’a pas fumé. Pour les quelques maisons qui ont survécu, le rez-de-chaussée se retrouve dorénavant à mi-niveau en dessous de cette nouvelle route. On a simplement taillé des marches à même la roche ou dégagé une bande de 2 ou 3 mètres devant l’habitation. Et les artisans ont redémarré leurs activités.
Nous continuons notre chemin lorsque enfin la langue rugueuse se termine, plongeant la route dorénavant vers le bitume. Vers l’ancienne vie, le terreau d’avant la catastrophe.
Le voyage nous a mené d’Ouest en Est du Congo, de Kinshasa la capitale vers Goma la ville située dans la province du Kivu, au bord du lac. Quelques centaines de mètres nous sépare du poste de douane Rwandais.
Parlons boulot...
Je suis basé sur Goma, loin de la capitale, et c’est tant mieux. Le log volant s’est finalement posé sur la terre ferme. Adieu la vie de bureau même si je sais qu’ici je devrais assurer qqs présences en réunions, voir d’animer certaines.
Titre oblige, je m’appelle dorénavant Logistician Field Coordinator ; impressionnant n’est-il pas ? Je redémarre notre présence sur le Kivu après des débuts difficiles ici (depuis fin septembre date de notre arrivée, il y a eu le départ du premier log à peine 2 mois après, puis du second suite à un accident de voiture le lendemain de noël). La tache ne sera pas facile au vue des rapports entre les différentes agences ici ; habitude, routine et enjeu de pouvoir. Y a du boulot !
L’avantage est que je serais relativement autonome dans l’organisation de mon emploi du temps, et donc pour les moments d’écriture. Il faut que je résolve en priorité les problèmes de connections e-mail. L’installation devrait se faire en milieu de semaine. Dans l’immédiat je dépends d’une agence ou je dois me rendre tous les matins pour lire ma boite.
Gerard,
Goma
16:00 Publié dans Extraits de Mission...Congo , Extraits de Missions... Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
12/04/2006
Nico dans les Camps Sahraouis... N°2
mardi 28 février 2006
Bien l'bonjour,
Je t’en dis un peu plus sur les réfugiés et ce qui les a amenés ici ? C’est parti !
En 1975, alors que l’Espagne s’apprêtait à se retirer de sa colonie du Rio de Oro, entre le Maroc et la Mauritanie, Hassan II a envahit le territoire de manière pacifique. En fait, il a déclenché la Marche Verte. Des centaines de milliers de marocains, civils, se sont mis en route vers le sud pour aller s’installer sur les terres que l’Espagne ne voulait plus administrer après la mort de Franco. Derrière les civils, les forces armées n’ont pas tardé à suivre.
Ni les dernières forces espagnoles, ni le Front Polisario qui existait déjà depuis plusieurs années et qui luttait pour obtenir l’indépendance des Sahraouis n’a rien pu faire pour empêcher que ce coup politique et diplomatique diabolique n’aboutisse.
Face au nouvel occupant, des dizaines de milliers de Sahraouis ont préféré venir se réfugier dans l’Algérie voisine qui leur a alors ouvert les bras.
Puis, immédiatement après avoir retrouvé un minimum d’organisation interne, le Polisario, gouvernement en exil de la République Arabe Sahraouis Démocratique, a lancé une contre offensive armée pour reprendre possession des territoires occupés par le Maroc. Pour se défendre, le royaume chérifien a fait ériger un mur de plusieurs milliers de kilomètres du nord au sud le long des frontières orientales et miner ses abords.
Ils ont aussi du lutter contre la Mauritanie qui avait des visées sur ce territoire et qui pensait pouvoir profiter de l’instabilité régionale régnant depuis la débandade de la puissance coloniale. Le Polisario s’est vite débarrassé de la menace mauritanienne. Les maures avaient déjà bien du mal à financer leur survie et l’effort de guerre était insoutenable pour leur économie déjà faible.
Ce n’est qu’en 1991, qu’un accord de cessez le feu est trouvé. Les deux parties s’étant entendues sur l’organisation d’un référendum sur l’autodétermination du Sahara Occidental.
Le problème, c’est que le Maroc n’a mis que quelques mois pour dénoncer ces accords. Depuis, le conflit est larvé. Grâce à l’indifférence de la communauté internationale et de son soutien à peine voilé malgré les atteintes aux droits de l’homme perpétrés dans les territoires libérés le Maroc parvient depuis 15 ans à retarder l’échéance du référendum et la solution à ce conflit.
Pendant ce temps, les réfugiés ne survivent que grâce à la force puiser dans l’espoir qu’un jour leur légitimité et leur dignité en tant que peuple seront reconnues par le monde entier.
Aujourd’hui, la RASD, à force d’efforts diplomatiques, fait partie de l’Union Africaine et a été reconnue par 80 pays. La route vers l’indépendance est encore longue.
Ces réfugiés, répartis dans 4 camps, ou wilayas, comptent aussi pour survivre sur les innombrables aides internationales qui arrivent du monde entier et principalement de l’Espagne qui semble se repentir d’avoir laissé un tel chaos.
Mais on ne peut tout de même pas parler d’assistanat. Tout est bien organisé et géré au plan « national ».
Maintenant, que le décor est planté, tu dois te demander ce que je fais là.
Je suis le chef d’un projet de soutien aux personnes handicapées et aux personnes âgées vulnérables. Pendant près de 3 mois, avec une équipe de 5 personnes, on est allé de tentes en maisons de terre, pour identifier les besoins en matériel orthopédique et hygiénique des personnes dépendant de l’assistance sociale locale.
Aujourd’hui, je suis à Alger, car suite à l’appel d’offre lancé pour l’achat de tout le matériel, on va procéder cette semaine à l’ouverture des plis déposés par des fournisseurs algériens. Dans la foulée, de cette commission on a prévu de signer le contrat et dans trois semaines, juste après la réception du matériel on commencera la distribution dans les camps. Ca devrait nous prendre 6 semaines. Il ne restera alors que le suivi post distribution qui nous permettra de nous assurer que l’aide matérielle répond bien aux besoins identifiés.
Mon contrat se termine le 15 mai et je ne sais pas encore si je souhaite le prolonger.
Mais vu que je n’ai encore pas réussi à tenir ma promesse (et je te jure qu’au début, je croyais en être capable !!!!) de me contenter d’un message synthétique, je vais faire une pause de quelques jours pour te permettre de digérer tout ça et j’essaierai de profiter d’un créneau ou internet n’est pas trop capricieux pour te donner un peu plus de détails sur mon quotidien ici.
Prends soin de toi
Pleins de bises et adtaleur
Nico
15:30 Publié dans Extraits de Missions... Afrique , Extraits de Missions... Algérie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
10/04/2006
Sabine en Somalie... N°1
vendredi 27 janvier 2006
Bonjour a tous,
Me voila en Afrique, mais l'aventure africaine a commencé à Paris, en prenant le taxi à l'aéroport.
La conversation avec mon chauffeur avait banalement commencé sur les téléphones portables. Puis elle a dérivé sur l'Afrique. Mon chauffeur était le fils d'une portugaise et d'un français. Il est né en Angola et y a vécu jusqu'à ses huit ans, jusqu'à la guerre. Ils ont ensuite du tout quitter : la maison, le salon de coiffure puisque son père était coiffeur.
Et comme il me parlait de l'Angola, comme les pieds noirs parlent de l'Algérie, j'ai voulu le titiller et lui ai glissé que ce n'était pas les noirs qui l'avaient chassé mais le commerce d'armes. Ce sur quoi il m'a dit : nous les blancs, on avait rien à faire en Angola. Les noirs n'avaient pas besoin de nous. Mon père me disait, là-bas, tu plantes un noyau et 6 mois plus tard, tu n'as pas une pousse, tu récoltes les premiers fruits. Alors avec une terre si riche, vous pensez bien ils n'avaient pas besoin de travailler. Mais les blancs leur ont vendu des armes, comme ça ils font la guerre et on peut mieux les piller de leurs richesses (comme quoi, c est pas la peine de faire science po).
Alors je lui ai demandé s'il ne voulait pas y retourner, juste pour revoir sa terre natale. Mais il m'a dit que c'était trop dangereux. Certains de ses clients s'y rendent et disent que c'est possible d'y aller. Mais il a ajouté : c'est des businessman aux dents longues. Eux ils sont près a tout pour voler ce pays, mais moi c'est pas ça que je veux...
Je lui ai parle de Survie, il m'a embrassé quand on s'est séparé. Et j'ai parlé de Survie à un Congolais également, et j'ai obtenu le même effet. Non vraiment Survie c'est une super assoc. Elle (du moins François Xavier Verschave) est assez connue ici, dans le petit monde de l'humanitaire. Il faut d ailleurs que j'imprime le fascicule sur la francafrique et que je le laisse négligemment traîné.
J'ai commencé le boulot lundi et je pourrais bientôt vous raconter ce qui se passe ici et en Somalie. D'après ce que j'ai compris, en Somalie, il n'y a pas de richesses naturelles, mais c'est la plaque tournante des trafics en tout genre : armes, faux papiers, ...
Bises,
Sabine
15:40 Publié dans Extraits de Missions... Afrique , Extraits de Missions... Somalie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
08/04/2006
Nico dans les camps Sahrahouis... N°1
mardi 28 février 2006
Bien l'bonjour,
Eh ben non, ce n'est pas parce que je ne savais plus écrire que je suis resté muet ces derniers mois !
Enfin, je sens les vacances approcher ! D’ailleurs je suis à Alger (ça je l’ai déjà dit… pas très fort pour faire court). Des vacances que j’aurais du prendre il y a plusieurs semaines et sans cesse reportées pour cause d’une organisation interne dans notre ONG un peu souvent défaillante. Mais bon on relativise en se disant qu’il n’y a pas d’ONG qui y échappent et en se rappelant que ce sont les imprévus et le bordel (dés)organisé qui mettent du piment dans nos journées et préservent de la routine.
Ces trois mois dans les camps de réfugiés sahraouis m’ont déjà bien usé.
Peut être parce que je n’avais pas pris le temps de complètement récupérer après mon expérience agitée du Darfour. Aussi parce que les conditions de vie ne sont pas aussi idylliques que ce que j’avais perçu à mon arrivée : internet et tous les moyens de communication sont presque pires qu’à Kabkabiya, l’isolement n’a pas grand-chose à envier à ce que j’ai vécu au Soudan…
Du coup, pas de ptits r’montants venant des potes quand j’ai les boules et pas l’occasion de partager les bons moments.
Bien sur y a eut de tout.
Des organisations partenaires qui ne sont pas toujours très coopératives, du staff qui cherche la ptite bête, des collègues ou des collocs qui te cassent les couilles pour des conneries…
Mais il y a aussi le contact direct avec des gens d’une force incroyable qui depuis trente ans luttent contre des conditions de vie extrêmement dures, les rencontres avec des expats excellents avec lesquels on peut refaire le monde dans la bonne humeur autour d’un thé ou d’une des rares bouteilles qui arrivent jusqu’ici.
Même si je t’ai promis de faire court, je suis sur que tu ne m’en voudras pas de m’attarder sur ce que je fous ici, avec qui et aussi si je détaille un peu où je suis.
Où je suis ? A l’ouest !
Plus précisément au Sud Ouest de l’Algérie ! Près de Tindouf, où les réfugiés Sahraouis se sont installés depuis plus de trente ans pour fuir l’invasion et l’occupation de leurs terres par le Maroc.
Ici, rien ne pousse. La canicule ne recule que contre les vents de sable ou les intempéries diluviennes, comme celles qui ont causé des inondations il y a quinze jours. La nuit, on se caille. Heureusement dans nos tentes, on a la clim (qui fait chauffage en hiver).
Quand même, depuis 3 mois, rares ont été les jours où on a transpiré. Le soleil brille, assez souvent, mais le vent incessant et violent nous oblige à sortir couverts jusqu’aux yeux. Plein de fois j’ai regretté de ne pas avoir amené un masque de ski pour me protéger du sable soulevé par les rafales.
Prends soin de toi
Pleins de bises et adtaleur
Nico
15:15 Publié dans Extraits de Missions... Afrique , Extraits de Missions... Algérie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
21/12/2005
Etienne en Ethiopie N°9
Assalaam aleikoum !
Désolé pour ce long silence mais pour être franc, j’avais un peu la flemme d’écrire ces derniers temps et puis c’est pas trop la forme en cette période de fêtes et de fin de mission.
Donc voici les nouvelles plus ou moins fraîches :
Après 4 mois intenses en Afar, j’ai enfin pu prendre quelques jours de vacances fin Novembre sans que ça affecte trop le travail (que je me disais avant de partir et finalement c’était un gros bordel au retour). Ma première idée était de partir sur l’île de Zanzibar en Tanzanie mais étant donné quelques problèmes de visa avec ma copine, on a décidé de partir au Kenya vu que les Ethiopiens n’en n’ont pas besoin là-bas. Et franchement je regrette pas ! On est donc partis 10 jours sur l’île Lamu qui se trouve à environ 200 km au sud de la frontière somalienne. Imaginez une image de carte postale, plage de sable fin, cocotiers, mer turquoise, petits voiliers traditionnels… et vous y êtes ! Pas de voitures sur cette île, c’est pas nécessaire, les villages sont tous sur la côte et tout le monde se déplace en bateau. Le truc bien aussi, c’est que c’est pas énormément connu donc il y pas un flot de touriste comme on pourrait en croiser un 15 août sur la côte d’Azur ce qui donne une plage paradisiaque quasi déserte. Et les gens locaux sont super accueillants ; ils font un peu de business sur le tourisme mais pas de harcèlement, c’est vraiment agréable. Bref, c’était bien reposant.
Et début décembre, retour aux dures réalités. Cette fois, la fin du projet s’approche dangereusement et il faut se dépêcher de finir ce qui est commencé tout en sachant que la quasi-totalité du budget est dépensé et qu’il faut commencer les préparatifs pour la fermeture. Donc on ne chôme pas mais à vrai dire, tout le monde est un peu tendu et crevé ce qui fait que ça n’avance pas comme on voudrait. En plus, on s’apprête donc à licencier presque tout le personnel (une quarantaine de personnes) ce qui est pas très drôle ; certains ont déjà commencé à chercher un autre travail et vont nous faire faux bond à ce moment crucial. Enfin, on peut pas vraiment leur en vouloir, dans un pays atteignant des taux de chômage extrêmes, avoir une opportunité de travail ne se manque pas. Mais ça améliore pas non plus ma santé mentale.
Sinon, une nouvelle chef de mission a remplacé Gwénaël qui a passé 3 ans de bons et loyaux services ici, et ce changement n’est pas fait pour faciliter la situation ; elle a une façon bien à elle de voir les choses et je pense qu’elle aurait pu faire une très bonne carrière dans l’armée, dans la légion par exemple. Bref, c’est vraiment ce qui nous fallait pas en ce moment et je crois que si elle ne fait pas d’effort pour faire confiance aux gens, elle va se retrouver toute seule face à sa merde.
Bon je me lâche un peu, désolé, mais il y a des choses qui me révoltent, surtout en ce moment.
Enfin, plus qu’un mois et ½ à tenir et c’est retour en France pour profiter des derniers flocons et prendre un peu de repos en famille avant de repartir je ne sais où. Et cette fois, je vais y réfléchir à 2 fois avant d’accepter n’importe quoi, promis !
D’ici là, je vous souhaite à tous un joyeux Noël et un heureux début d’année 2006.
Prochain message avec des photos, promis.
Etienne
12:35 Publié dans Extraits de Missions... Afrique , Extraits de Missions... Ethiopie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
12/11/2005
Etienne en Ethiopie N°8
Le 7 novembre 2005.
Bonjour à tous !
Voilà maintenant 3 mois que je suis en Ethiopie et je me rends compte que ça fait longtemps que je ne vous ai pas embêté avec mes messages. Faut dire que je suis pas mal occupé en ce moment et j’ai pas trop le temps.
Je devais normalement partir en vacances maintenant, mais j’ai dû annulé car il y pas mal de changements sur la base et je peux pas me permettre de partir maintenant ; c’est bien dommage car je commence à être vraiment crevé psychologiquement et j’ai l’impression que rien n’avance dans mon travail.
Les ressources humaines ont connu quelques bouleversements depuis un mois et comme d’habitude, ça me prend la moitié de mon temps et ça a tendance à me stresser quelque peu ; je comprends que le staff travaille pour l’argent mais la plupart d’entre eux, c’est uniquement pour ça et peu importe que ce soit pour le bien de la communauté ou pas. Du coup, l’absentéisme atteint des sommets, le travail est mal fait et on atteindra jamais les objectifs fixés. Je commence à être dégoûté de l’Ethiopie où l’aide humanitaire est un sport national.
Bon, de toutes façons, les activités se terminent début janvier et après, la base sera fermée pendant quelques mois, le temps de trouver la façon la mieux adaptée de venir en aide aux Afars et de trouver des donateurs. Cela permettra aussi de faire le ménage pour empêcher les abus dans le futur. Pour ma part, je pense qu’il y a vraiment des choses à faire en Ethiopie car la misère est omniprésente et je ne sais pas ce que je ferai en Janvier ; si on me propose un autre poste, peut-être que je resterai mais je verrai le moment venu, pour le moment, je suis un peu paumé et j’ai pas trop le temps d’y réfléchir.
Ce qui est sûr, c’est que je veux pas continuer à travailler dans ces conditions et comme dirait la devise d’un blog ami : « ne pas nuire avant d’agir ».
Concernant la situation politique en ce moment, certains ont pu en entendre parler dans les médias, c’est plutôt tendu ; ça fait une semaine qu’il y a des émeutes un peu partout dans le pays (sauf en Afar) pour protester contre le résultat des élections de Mai dernier et contrairement à la France, il y a beaucoup de morts (une cinquantaine officiellement mais certainement plusieurs centaines) et de blessés. Parmi eux, beaucoup de femmes et d’enfants, c’est vraiment triste, le gouvernement assassine sa propre population.
Il y a bien eu des tentatives de négociations mais le premier ministre a refusé tout compromis et interdit toute manifestation menaçant de réprimer dans le sang tout ceux qui voudrait s’opposer à son pouvoir, ce qu’il n’a pas hésité à faire. Il y a aussi eu des milliers d’arrestations parmi lesquelles des membres de l’opposition siégeant au parlement. Tous ces faits ont été gentiment condamnés par les organisations de droits de l’homme et même les Etats-Unis et l’Union Européenne mais la réponse a été : «mêlez-vous de ce qui vous regarde » !
Pour la suite, c’est vraiment difficile d’anticiper car les actions sont spontanées et c’est presque impossible de dire ce qui arrivera demain ; peut-être les gens vont se résigner ou alors ça va vraiment péter et ce sera une guerre civile, impossible de savoir.
Sinon, la tension augmente aussi à la frontière érythréenne et une guerre est annoncée pour les jours à venir.
Vraiment, il y a des pays où il fait pas bon naître et celui-là doit être parmi les pires. Il y a un proverbe au Sénégal qui dit « Nit, nit ay garabam » ce qui signifie « l’Homme est le remède pour l’Homme » mais j’en doute vraiment ; je me dit que l’Homme est plutôt le poison de l’Homme dans la plupart des cas.
Voilà un peu mes impressions du moment mais bon au fond, je garde espoir sinon, j’arrêterai tout se suite ce que je fais. Juste besoin d’un peu de vacances pour que cet espoir du fond rejaillisse à la surface…
Allez, la bise à tous et donnez de vos nouvelles, ça me manque !
Etienne
05:13 Publié dans Extraits de Missions... Afrique , Extraits de Missions... Ethiopie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
04/11/2005
Etienne en Ethiopie N°7
Suite à un commentaire laissé par un certain Tom, Etienne lui a répondu. Plutôt que de laisser cela dans la partie commentaire, j'en fait une note à part entière. Cela vient compléter sa vision, son témoignage du terrain, et "d'enrayer" des à priori que certains pourraient avoir…
Etienne a un parler vrai, sans langue de bois, qui ne vous caresse pas dans le sens du poil, et forcement cela ne laisse pas indifférent ! Et c'est bien là tout l'objectif de ce blog…
Voila sa réponse.
Romain
"Merci Romain de ton soutien. J'ai préparé une réponse, j'espère que ça apaisera les mauvais jugements éventuels.
Salut Tom!
Je vois que tu as très mal interprété mes propos et même en me relisant, je ne vois pas vraiment ce que tu me reproches.
Je ne vois pas l'endroit où j'ai mentionné que je n'en avais rien à foutre des raisons pour lesquelles je travaille dans l'humanitaire.
je déteste vraiment avoir à me justifier pour ce genre de choses mais finalement puisque tu penses ça, peut-être que d'autres aussi le pense et ça me fait quand même un peu chier.
Non, vraiment je n'en ai pas rien à faire des bénéficiaires et pour tout te dire, puisque tu parles des donateurs, ce sont plutôt ces derniers qui m'indiffèrent, même si sans eux, aucune action n'est possible sur le terrain.
Tu as l'air de penser (et je me trompe surement) que tes patrons sont ECHO ou OFDA, eh bien moi, ce sont les personnes à qui venons en aide; mon boss, c'est le gamin de 3 ans en train de crever dans les bras de sa mère aussi décharnée que lui. Mais au lieu de m'apitoyer, j'essaye de faire quelque chose même si c'est une goutte d'eau dans un océan.
A propos du nouveau 4x4, oui, je suis plutôt content car enfin j'ai une voiture qui ne tombe pas en panne tous les 2 jours et on peut travailler décemment avec ce véhicule.
Concernant rastafari, je suis en Ethiopie, j'adore le reggae et je suis profondément croyant. De plus, Hailé Sélassié a régné sur ce pays pendant plus de 50 ans et cela fait partie de son histoire et si tu penses que s'intéresser à la culture et à l'histoire du pays dans lequel tu travailles est superflu, c'est ton point de vue, pas le mien mais je pense me tromper là encore.
Concernant Zanzibar, je ne suis pas un moine et j'estime avoir aussi le droit à des vacances, et franchement, j'en ai besoin. Malheureusement, le fait est qu'en ce moment, j'ai beaucoup de travail et je n'ai pas hésité à annuler ce voyage. Tant pis, j'irai en Décembre si Dieu le veut.
Pour finir, je prends ton propos sur le décès de mon employé (lien) comme une insulte: c'était aussi mon pote (il s'appelait Ashebir) et sa mort m'a vraiment attristé. On a fait tout ce qu'on a pu pour le retrouver mais malheureusement sans succès. La vérité crue te choque? oui, il a peut-être servi de petit déj aux crocos, et alors? Qu'est-ce que ça change? Pour moi, il est mort dignement (même s'il a voulu jouer aux cons en traversant cette rivière à la nage sans aide) car en travaillant pour le bien de sa communauté et c'est tout ce qui importe. Personne ne l'oublie ici mais il faut bien continuer à travailler.
Voilà, je pourrais écrire un roman sur mes motivations à faire ce que je fais et peut-être 2 à expliquer ce qui me gerber aussi mais là n'est pas le propos.
Moi, au contraire, ça me ferait plaisir de te rencontrer un jour pour en discuter réellement et non virtuellement mais je crois que je n'aurais pas vraiment envie de travailler avec toi non plus: tu dois être bien ennuyeux. Pour ma part, je pense qu'il est possible de rire de tout, même des pires choses; cela ne fait pas de moi une mauvaise personne.
Paix à toi.
Etienne Daly
Responsable de base
Région Afar
Ethiopie
mail: dalyetienne@yahoo.fr
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31/10/2005
Etienne en Ethiopie N°6
Le 27 septembre 2005
Salut tout le monde!
Alhamdulillah, aujourd'hui c'est jour de congé, ce qui me permet d'être peinard pépère tranquille au bureau à trier mes papiers et faire mes rapports sans le staff qui me harcèle à chaque seconde :
"c'est quand que tu nous donnes une voiture pour nous transporter jusque chez nous ?"
"T'es sûr qu'on peut prendre personne en stop ?"
"Il me faudrait des chaussures de sécurité parce qu'une fois, il me semble que j'ai vu un serpent" (watchman)
"Bonjour, il faut m'embaucher parce que c'est le gouvernement qui l'a dit"
"Vraiment, je comprends pas pourquoi on peut pas ramener des putes à la maison" (expat)
"Attends, la loi du travail en Espagne, c'est 35h!" (expat)
"Comment ça je peux pas rester 15 jours en Espagne pour mon break" (devinez)
"Notre ONG pourrait pas me faire un prêt?"
"Il faudrait m'augmenter mon salaire" (un staff en congé maladie depuis 2 mois)
"Sûr que je peux pas avoir mon salaire maintenant ?" (un staff le 15 du mois)
"C'est pas ma faute à moi, c'est la sienne"...
Bon comme je disais, aujourd'hui c'est jour de congé car c'est la fête du Meskel, autrement dit commémoration de la découverte de la croix véritable (croix de Jésus) ; sauf qu'en Afar, c'est musulman donc tout le monde s'en fout sauf pour le day-off bien sûr.
Hier soir, à Addis, ils ont allumé un grand feu pour l'occasion sur une des grandes places de la ville (Meskel square) et, j'ai vu ça à la télé, c'était blindé de monde. Et de flics. Et apparemment, c'est un peu parti en sucette mais info à confirmer.
En effet, la situation est un peu tendue en Ethiopie depuis début juin après les élections ô combien démocratiques et c'est même chaud la braise depuis quelques jours: le parti d'opposition, qui prétend avoir gagné les élections et dénonce un fraude gigantesque (mais où vont-ils chercher ça ??) refuse d'entrer au parlement et c'est pas pour faire très plaisir au 1er ministre, Mélès Zenawi. Un appel à manifestation ce dimanche prochain a été lancé par le parti d'opposition et ça sent pas bon, mais pas bon du tout. Je rappelle que le 8 juin dernier, une manif a eu lieu à Addis et a été bien réprimée par la police (50 morts, hommes, femmes et enfants). Donc, à voir ce qui va se passer Dimanche, je suis pas très optimiste... Par contre, pas d'inquiétude en Afar, c'est pro gouvernemental.
Sinon, en parlant d'Afar, un tremblement de terre a eu lieu Samedi dernier vers la frontière avec l'Erythrée et on l'a senti jusqu'ici (enfin pas moi, il y avait le générateur qui tournait à plein régime). Apparemment, c'était un truc énorme suivi d'une bonne grosse éruption volcanique qui a fait disparaître 2 collines et 1 grosse montagne. Je serais bien aller jeter un coup d'oeil mais malesh, pas le temps. On attend une réplique mais rien pour le moment.
Allez bien à vous!
Etienne
09:10 Publié dans Extraits de Missions... Afrique , Extraits de Missions... Ethiopie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
29/10/2005
La faim du Niger N°4
Le 3 octobre 2005,
Déjà deux mois d'urgence, je suis en passe de devenir le plus ancien expat de la mission, vu que les premiers médecins et infirmières ne venaient que pour 2 ou 3 semaines maximum...
Ici encore comme en Angola, je suis tombé dans le Burn-Out... Si ça continue je vais finir NPPP. Ah! Je rêve d'une mission bien tranquille, où je puisse faire un travail qui serve sur du long terme, ou je puisse me fondre à la population et avoir une activité sociale en regard du travail... Ici c'est boulot boulot boulot... Normal c'est l'urgence, même en capital, même derrière un bureau. Prévue pour 15 expats au début, la mission atteint aujourd'hui les 65 expats, dont une majorité de médecins, infirmières, nutritionniste, plus les logs construction et watsan. Et tous sur le même site de Zinder : 2 bureaux, 6 maisons, 40 voitures et camions, 3 centres thérapeutiques de renutrition ouverts.
J'ai compté que 110 expatriés étaient passés par moi, ce qui signifie aussi que 50 environs ont déjà fini leur mission et sont rentrés... Cette mission est devenue la mission N°1 pour notre ONG, de part le nombre d'expats envoyés sur le terrain (du jamais vu) et par le budget qui se monte en dizaines de millions d'euros sur seulement 2 mois.
En fait ici à Niamey, je ne fais que ça gérer les départs et arrivées sur le terrain... Ca me bouffe tout mon temps... Mais il faut en plus que je m'occupe de la compta de base, de la compta mission, du staff local, du settings administratif (toujours pas fini), des problèmes de Sécu sociale et d'impôts, de dédouanement et détaxes, etc. Bref je meurs...je manque d'assistant, et surtout de temps pour en recruter d'autres... BURN-OUT !!
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La situation au NIGER : rien de nouveau sous le soleil, la saison des pluies se termine, les récoltes ont commencé, et les plus pauvres continuent à crever la dalle. L'arrivée de céréales fraîches (mil, sorgo) sur les "marchés" ne semble rien résoudre à la crise alimentaire, car la plupart des cultivateurs ne sont plus propriétaire de leurs récoltes (phénomène d'endettement décrit dans mon précédent mail – je t'avance un sac de mil pour bouffer maintenant, contre 4 ou 5 rendu à la récolte). D'autres part, la spéculation céréalière au Niger ne semble pas s'être arrêtée, loin de là. Bref une partie du Niger continue à avoir faim...
Sur Maradi, nous avons depuis longtemps explosé le seuil des 5.000 enfants MALNUTRIS SÉVÈRES admis... Notre ONG-France à Maradi en ont déjà traité plus de 15'000. Sur Zinder, la moyenne est de 1.000
nouvelles admissions par mois, si il nous est permis de parler de moyenne en seulement 2 mois d'activité. Si nous continuons comme cela, nous battrons rapidement un triste record dans l'humanitaire, celui d'avoir ouvert le plus gros centre de renutrition (CRENI - Centre de Renutrition et Education Nutritionnelle Intensif) avoir plus de 1.000 enfants traités sur un même site.
Les instances ONUsiennes, l'état Nigérien et la communauté internationale ont pris le problème très en retard, voir on carrément minimisé le problème... Nous même reconnaissons que nous sommes intervenus trop tard sur le terrain (juillet 2005 à Zinder) alors que les indicateurs étaient inquiétants, et que les français qui sont sur la région de Maradi et Taouhat depuis 3 ans voyant les chiffres des admissions explosés de façon exponentielle... TOUT EST DONC ARRIVÉ TROP TARD, et nous ne faisons que ramasser ceux qui ne sont pas encore mort.
Une étude nutritionnelle et sur la mortalité rétrospective a été menée courant aout.05 sur la région de Zinder : la conclusion est que le taux de mortalité a dépasser les 4/10.000 (4 décès par jour pour 10.000 habitants). Ces chiffres ne prennent en compte que les décès d'enfants de moins de 5ans (la cible pour notre ONG)... C'est alarmant, c'est horrible... A 2/10.000, toutes populations confondues, c'est déjà le seuil d'alerte maximum de l'urgence d'intervenir... qui correspond plus à des crises épidémiques : choléra, méningites, etc. Ici c'est seulement de la malnutrition (famine) des enfants de moins de 5 ans !!!!!
Pour comparaison, en Europe ou en Occident, le chiffre normal des décès (renouvellement naturel de la population) trouve autour des 0.1/10.000, voir 0.05/10.000 ... Ici au NIGER, c'est toute une population qui a été exterminé, génocidée par la faim !!! Lors de nos "screening" (ratissage pour dépister les malnutris), nous avons été étonnés de ne pas trouver d'enfants (ou très peu) entre 3 et 5 ans... L'idée qui se répand de plus en plus est que ces enfants seraient déjà morts, soit cette année, soit par les famines des années précédentes...
IL Y A CLAIREMENT UN TROU DANS LA PYRAMIDE DES AGES !!
A coté de cela, le PAM (Programme Alimentaire Mondial), sous la pression des bailleurs internationaux et du FMI (Fonds monétaires international), annonçait le 15.sept qu'il cesserait leur programme de distribution de
nourriture... Raison invoquée: ne pas déstabiliser le marché économique des céréales (traduction: le libre échange et la spéculation) à l'approche des récoltes céréalières. Dommage, car au 15.sept, le PAM n'avait en tout et pour tout distribuer que 16% -- UN HUITIEME !! – du tonnage annoncé et PROMIS en début de crise, et globalement pas aux bons endroits (car ces cons se sont basés sur des données épidémiologiques fausses, celles-là même qui permettaient au Gouvernement de dire qu'il n'y avait pas de crise alimentaire). Bref le PAM a distribué de la bouffe à des gens de ne souffraient pas vraiment de famine. A Zinder, la population n'a jamais aperçu ni camions ni les avions du PAM... là-bas on meurt tranquille!
La même enquête citée plus haut donnait des chiffres alarmistes de malnutrition sévères et modérés chez les enfants de moins de 5 ans... Projeté sur la population de la province de Zinder (province d'intervention de notre ONG), soit environ 2 millions d'habitants, ces chiffres nous donnent une population d'enfants souffrants de
malnutrition modérée estimée à 100.000 enfants. CENT MILLE ENFANTS !!!
Attention, nous ne parlons pas d'enfants qui mangent mal -- ils seraient encore plus -- nous parlons d'enfants qui ont DEJA BACULE dans la MAL-NUTRITION, avec des signes cliniques modérés, mais qui en quelques
semaines, si rien n'est fait et que rien ne s'améliorent sur le plan nutritionnel, basculerons définitivement dans la malnutrition sévère et la mort...
HORS MALGRE notre organisation, nos compétences, l'argent des donateurs en Europe et en occident, nous ne seront jamais en mesure de faire face à cette marée humaine de malnutris, à ce Tsunami de la famine... Notre ONG a donc battu le pavé, fait le seatting des instances ONUsiennes et du lobbing auprès des autres ONG partenaires intervenants dans le même domaine sur Zinder, pour que soit organisé ASAP (aussi vite que se peut) un blaket-feeding, une distribution de bouffe généralisée pour toutes les familles ayant un enfants malnutris modérés -- Bref notre ONG organise la distribution de bouffe que la PAM n'a jamais lancée, qui n'est jamais sur place et qui s'est arrêtée avant de commencer...
Comme nous sommes déjà over-booked avec nos 65 expatriés et nos 1.000 adminssions mensuelles sur le champ médical de Zinder, notre ONG a demandé aux trois autres sections européenne de prendre en charge ce blanket-feeding. Objectif: avec l'aide de partenaires - UNICEF, GOAL, Save the Children – réduire rapidement et massivement le nombre d'enfants malnutris modérés qui tombent dans la malnutrition sévère, avec complication médicale, et que nous nous seront plus à même de gérer dans nos centres CRENI-CRENAS de par leur nombre... Cela semble bien parti...
Mais inévitablement cette distribution massive de nourriture thérapeutique sur l'ensemble de la province amènera à "screener" (découvrir) de nouveaux cas de malnutrition déjà sévères, donc à augmenter le nombre d'admission... La mission à Zinder va donc continuer à grossir, avec plus d'expatriés et de médicaux, va se diviser en plusieurs projets et site, etc. Il est d'ailleurs maintenant acquis que nous passerons de l'urgence nutritionnelle et la post-urgence sur plusieurs mois, voir une année.... Notre ONG s'installe pour longtemps à Zinder, car les facteurs économiques, agricoles, politiques, démographiques qui ont conduit à cette crise de 2005 ne sont toujours pas bien connus, et encore moins maîtrisés et contrebalancés...
Il est donc a prévoir une NOUVELLE CRISE ALIMENTAIRE MAJEURE en 2006, si le gouvernement Nigérien, les instances ONUsiennes et le FMI/Banque Mondiale ne tirent pas les conséquences de la terrible crise de cette année...
Les français (notre ONG-France) qui se sont installés dans la région de Maradi et Taouhat en 2002, ont vu eux la famine s'aggraver et s'accroître chaque année, sans que soit trouvée une solution !!! En 2003 ils faisaient 3.000 admissions.... cette année ils dépasseront le 20.000 enfants traités !!!!!!!!!!!!!!!
GOOD LUCK NIGER .....
Olivier.G
09:00 Publié dans Extraits de Mission... Niger , Extraits de Missions... Afrique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale


















