14/03/2005
L'indonésie du Nord par Alex... N°3
Le 6 mars 2005
Je fais toujours le même boulot de flight co + log stock/transports.
J'ai de moins en moins de temps pour la partie gestion stock.
Ils m'ont donc trouvé un remplaçant que je dois former.
C'est pas une flèche mais chuis un tueur en MTF (Méthodes et Techniques de Formation)...
Je lui expliqué á la hop hop hop, il se demande si je suis pas fou et me dis souvent de me détendre. En plus je ne dors pas beaucoup alors je suis encore plus excité… Je m'occupe surtout des transports sur Lamno et Meulaboh.
Pour les passagers au début, c'était hélico pour ces deux destinations. Mais on a enfin terminé le contrat avec la compagnie d'hélico avec laquelle on travaillait au début.
Je dis enfin car on payait le prix le plus cher du plus cher. J'ai eu l'explication après : Ce contrat, négocié le 27 décembre, a été signé à un moment où les besoins en transports aériens étaient énormes. C'est donc un espèce d'en£$^≤ de personnage qui, derrière son bureau un cigare au bec, profitait honteusement du tsunami pour augmenter largement les tarifs de la compagnie. Ça fout la gerbe… (A la fin du contrat, le CICR l'a repris pour presque la moitié du prix).
Bref on aurait pu acheter notre propre hélico avec l'argent qu'on leur a filé. Et donc du coup on a plus d'hélico spécial pour nous.
Apres avoir passer plusieurs semaine sur l'aéroport, je sais à peu près qui vole et où.
Il y a plusieurs ONG de transports aériens qui proposent des tarifs assez abordables. Je me suis donc tourné vers l'une d'elle, Air Serv, qui est venu à Aceh avec 7 hélico (!) et un avion.
Au bout de 2 jours, notre hélico Air Serv tombe en panne.
Ici commence les sessions "l'hélico-stop" pour caser mes passagers.
Quelques solutions :
- CICR : Plusieurs gros appareils. Super contact avec l'air opérateur, des heures de discussions, ce monsieur s'ennuie un peu et est ravi de papoter avec moi. Une fois, je suis resté 1H48 dans son bureau pour caser 5 passagers pour finalement apprendre que non, il a plus de place…
J'ai du frapper à la porte juste à côté :
- La fédération croissant et croix rouge : "D'accord je te prends tes passagers mais c'est la dernière fois"
- Mercy Air : ils arrivent pas à faire sortir leur hélico du Sri Lanka, mais dés qu'ils y arrivent nous sommes prioritaires. D'ici là, je pense que la route sera ouverte…
- Heli Mission : ONG protestante… On a travaillé un peu avec eux au début, ils
sont partis mais reviennent peut-être début Mars. En tout cas, very cheap my frriend, I give U best price… (c'est les moins cher : 1000$/heure)
- Les UN ont 2 pumas qu'ils voudraient bien rendre indispensable pour pouvoir rester plus longtemps ici. Même si y sont blancs, ça reste les UN = Départ et arrivée à la base militaires. Bof, bof.
- Oxfam a 2 gros MI8 qu'ils sont ravis de partager... Mais le plan de vol n'est pas fixe. Il est décidé lors de réunion à 8 heures du soir pour le lendemain. C'est très peu pratique pour planifier. Pour inscrire les passagers, c'est la foire d'empoigne, tout au shot gun. De plus un de leur héli est financé par les UN et vu qu'ils ne payent plus la facture, Oxfam a décidé d'arrêter ces vols. Mes options se réduisent encore…
Pour Meulaboh, AirServ fait des rotations avec son avion 3 fois par semaine. J'ai donc complètement abandonné l'hélico pour cette destination. C'est financé par USAID mais notre ONG est d'accord… bof.
Aussi l'aéroport est loin de la base et les mirlitons font des noises pour tout se qui transite. Et je ne sais pas quand terminer ce pont…
Les gens croient toujours que l'hélico et l'avion, ce sont des taxis malgré les procédures mises en place (inscription 2 jours avant mini, vol uniquement les Lundi, Mercredi et Vendredi…).
C'est que je ne suis pas assez ferme et que je me retrouve toujours à accepter les mecs qui s'inscrivent à la dernière minute.
Hier, je me suis pris la tête trouver un hélico pour Lamno (1 personne) alors que c'était dimanche. Il avait des bonnes raisons ; comme toujours.
Pour le fret je me tourne maintenant vers autre chose que l'hélico. C'est beaucoup trop cher et limité en volume et poids. En plus on arrive maintenant dans une phase où le fret grossi énormément avec soit des grosses quantités de médicaments pour alimenter les hôpitaux soit du matériel de reconstruction. Pour Lamno, une autre ONG, financé par ECHO, propose un transport de marchandises sur des bateaux de pêche 20T (4H). Ce n'est pas trop standard de notre ONG pour les passagers mais ça ira très bien pour la cargaison.
Pour l'autre base, Meulaboh, 16H de bateau c'est un peu long et ça multiplie les risques donc on utilise 1 fois par semaine un Cessna Caravan, petit avion pouvant prendre 1T3. C'est un contrat négocié à Medan avec une rotation Medan- Meulaboh- Banda Aceh-
Meulaboh- Medan.
Je doute un peu de l'utilité de ce truc si on bouge pas le stock à Medan mais la première rotation a été parfaitement exploité : reçu du fret de Medan et renvoi de 1T100 + un passager pour Meulaboh, 180 kilos pour Medan. L'avion était archi plein. A un carton près ça ne tenait pas…
Depuis le renouvellement de l'équipe, je me charge aussi des réunions UNJLC (UN joint logistics center). Cette agence onusienne sert à coordonner les actions des ONG pour échanger les infos sur kifaikoikeskispasse.
On aborde 4 points principaux (air, mer, route, capacités de stockages), chaque ONG propose ces services sur ces points et les UN donnent pleins d'infos. Y ont des gros satellites rien qu'à eux, y savent plein de trucs…
Tu trouvent dans ces réunions du fuel gratos, des plans des accès routiers détaillés, des plans hélico pour les évacuations médicales, des avions prêtés par tel ou tel, des infos sécu, des contacts…
Dernière tâche récupérée aussi : les mouvement du staff…
Alala, ben ça, c’est un truc rigolo de savoir qui est où et quand et comment ils s’appellent. Ça sert à 2 choses : Les mirlitons nous demandent chaque semaine un rapport détaillé sur keskon fait là et pour nous, savoir en cas de problème qui se trouve où.
Voilà, avec ça, je travaille même le dimanche des fois. Au début on disait que "c’est encore de l’urgence mais ça va vite changer" mais ça ne change pas du tout… J'ai déjà perdu 4,8 kilos mais ça fait du bien.
En revenant je prévois un petit crochet direct pour aller voir ma chérie (Nairobi ou Zanzibar, la RDC me tente pas trop…). Y faudra quand même que je passe par la case départ (Bruxelles) pour débriefing.
Bon voila c'est fini. On me reproche souvent d'écrire des mails trop courts... Je vais essayer d'envoyer keke fotos aussi.
A bientôt
Alex
19:00 Publié dans Extraits de Missions... Asie , Extraits de Missions... Indonésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
12/03/2005
L'indonésie du Nord par Alex... N°2
Le 6 mars 2005
La mission "Aceh emergency" est composée :
- d'une base capitale à Jakarta.
- Une base Medan, ville non touchée, proche de la province d'Aceh. Cette base sert à l'approvisionnement des trucs qu'on ne trouve pas à Banda Aceh. Ca va peut être bientôt devenir le stock principal pour Aceh.
- Banda Aceh joue un double rôle de base capitale (stock principal, équipe coordination) et de mission terrain. 12 nationaux, 8 expats.
- Une mission à Sigli, accessible par la route (2H) depuis Banda Aceh. 8 nationaux, 6 expats.
- Une mission à Lamno, accessible uniquement par bateau (4 heures) et hélicoptère (20 min). 12 nationaux, 10 expats.
- Et une à Meulaboh : 1H00 d'hélicoptère, 30min avion, 16 heures bateau et un accès routier depuis Medan. 6 nationaux, 9 expats.
Ça fait un total de 71 personnes sur le terrain. Ce au 5 mars ; un mois avant, c’était 90. Très vite, l'équipe a commencée à se renouveler. Au siège, on signe des contrats de 1 mois en moyenne. Donc le staff tourne beaucoup.
Les projets terrains se trouvent dans les 4 derniers endroits.
Sur Banda Aceh, les cliniques mobiles sont passées des soins primaires (pansement, consultations) à une campagne de vaccination contre le tétanos. En effet, les gens qui ramassent les corps et qui nettoient leurs maisons sont exposés à de nombreuses coupures et blessures sur des objets rouillés. Aussi, on distribue des bottes et des gants comme prévention. L'équipe clinique mobile est maintenant composée de psy qui font des consultations en parallèle.
Sur tous les projets, il y a un volet santé mentale avec 2/3 psys par projet qui font des consultations et qui forment des psys locaux. Y a pas mal de turn-over chez eux alors on voit défiler un paquet de psys à la maison…
Sur Sigli, Meulaboh et Lamno les programmes de Watsan réduisent petit à petit. Les installations de traitement et de distribution d'eau sont à peu près terminées. Les puits sont lavés ; l'eau n'est plus trop salée. Maintenant, on va plus travailler sur les traitements et évacuations d'eaux usées.
Sur Sigli et Meulaboh, c'est des programmes d'aide aux centres de santé. Ces centres s'appellent des puskesmas (prononcer pouskesmas). A la dernière réunion de coordination ce mot a été dis 84 fois. On donne des médicaments et on forme le personnel médical.
On va bientôt "donner" ce projet à notre ONG-Hollande pour concentrer notre travail sur Lamno.
Sur Lamno, on va reprendre toute l'organisation du puskesmas. Un gros boulot en perspective à tout rééquiper en matériel médical et organiser le fonctionnement global de ce petit hôpital. Il y a aussi un programme de construction de bateau. C'est d'habitude pas trop le job de notre ONG, mais pourquoi pas…
Si y a des sousous, y faut les exploiter. On apporte des outils et du matériel et on utilise le savoir faire local pour construire des bateaux de pêche. Ils sont ensuite donnés à des groupes de pêcheurs qui doivent redonner au village une certaine quantité de poisson.
Autre projet à Lamno, on envoi la semaine prochaine plus de 40 tonnes de matériel pour des kits de reconstruction. C’est des outils et matériaux de construction pour l’élaboration d’abris "semi permanent" que nous allons distribuer à 2500 familles. Une nouvelle loi indonésienne interdit la construction des maisons trop près de la plage…
ALexxxxxxx
19:00 Publié dans Extraits de Missions... Asie , Extraits de Missions... Indonésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale
10/03/2005
L'Indonésie du Nord par Alex... N°1
Le 27 février 2005
Bon allez hop hop hop faut envoyer le pâté…
Plus d'un mois et pas vu le temps passer.
D'ailleurs, tout va très vite ici, tout se répare rapidement. Les gens se remettent vite du premier traumatisme et sont déjà à reconstruire tout en semi-dur. Ceux qui ont déjà fait des missions en Afrique sont surpris par une telle réactivité.
C'est surtout les psys du programme de santé mentale qui nous parlent du trauma subit. C'est vrai que ce n'est pas au travers de la population et des activités que ça se ressent.
A mon arrivée les rues étaient désertes, pas de voitures, peu de magasins ouverts. En moins d'un mois la ville est redevenue une ruche grouillante, avec des marchés qui poussent un peu partout n'importe où, des shops avec pleins de trucs en couleurs et des embouteillages.
Les gens concentrent leurs efforts sur des actions de nettoyage, de reconstruction. Ces activités laissent peu de place à la réflexion sur ce qu'il c'est passé.
La plupart du staff, avec qui on travaille, a perdu des membres de leur famille, leur maison, tout. Ils te racontent ça ouvertement, sans tristesse affichée, juste une volonté d'aller de l'avant.
Pourtant la population a reçu un sacré choc…
Une grosse proportion des victimes sont des enfants.
Apres le tremblement de terre, la mer s'est retirée loin du rivage. C'était une aubaine de pouvoir ramasser les poissons tel quel par terre et ils ont accouru en masse sur la plage. La vague les a emporté en premier, puis les bateaux, la ville et presque tout ce qui se trouvait sur le passage.
Les trajets en ville font découvrir une situation critique : ça ressemble plus à rien, y a des bateaux dans la ville et des tas de briques, de bois et de fer à béton. Les voitures ressemblent à des chiffons ; l'eau a une force incroyable.
On se rend aussi bien compte vu du ciel : en longeant la côte sur quelques 100 kilomètres on voit tous les villages du bord de mer complètement rasés. Souvent il ne reste plus que la dalle des maisons avec une traînée de briques et de moellons dans le sens de la vague...
On voit aussi des dizaines de camps de réfugiés fait de tentes en plastic sheeting aux couleurs flash, bien rangées.
Tous les matins, sur la route de l'aéroport, je passe devant la fosse commune.
Ils apportaient encore des corps jusqu'à mi-février.
Nous avons arrête les distributions de body bag début février.
Ils ont tout rebouché et clôturé pour la venue des présidents (Bush et SBY, celui d'Indonésie) le 20 février.
Il y a aussi encore quelques moments de panique lors des tremblements de terre.
Ceux qui sont installés près de la mer fuient tous, en même temps lors des plus grosses répliques, craignant une nouvelle vague.
Les pronostics sont peu joyeux. Quand l'effervescence va tomber, que les besoins basiques seront à peu près rentrés dans l'ordre, il n'y aura plus de place pour prendre le temps de se "rendre compte". L'activité commerciale ayant, elle aussi, subit lourdement les effets du tsunami, le chômage guette.
L'Indonésie est, certes, un pays assez riche mais les ressources n'arrivent pas toutes jusqu'à cette (riche…) province indépendantiste. Le gouvernement ne veut pas entendre parler de cette indépendance et on se demande quels seront les effets du tsunami sur cette lutte et donc sur la population…
La province d'Aceh c'est évidemment un grand déploiement d'ONG avec toutes ses conséquences. Les pires sont peut-être les mouvements religieux et sectes en tout genre qui voient dans les catastrophes de chaque 26 décembre (Bam en 2003) des signes de la fin du monde.
Donc il faut en profiter pour vite ramener les brebis égarées dans le droit chemin avant l'apocalypse…
L'église de scientologie est présente à chaque meeting UN sur les problèmes de santé mentale… Ça fait peur…
Sinon c'est clair que presque toutes les ONG internationales sont la. Il y en a plein qui crachent dans la soupe, qui parle de "cirque humanitaire" mais bon…
Déjà on fait partie de ce cirque et même si dans le tas on gaspille un peu de fric vaut mieux le gaspiller là que dans des missiles sol-mur basse portée télécommandés à preuto-neutrons…
Bref, un long débat sans fin, sert-on à quelque chose, comment serait les choses si nous n'étions pas la, comment mesurer l'impact d'un programme de santé mentales ??…
Sur ces cogitations, à bientôt (peut être des photos après si ça marche).
ALexxxxxxx
19:00 Publié dans Extraits de Missions... Asie , Extraits de Missions... Indonésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Solidarité Internationale et Locale


















