09/08/2005

Véro à Kartoum… N°1

Le 30 juillet 2005,
Bonjour à tous,

 

Voila 15 jours que je suis arrivée, déjà, et tout se passe bien.
A mon arrivée, j'ai été accueillie par Nico (trop cool) après une nuit à Dubaï dans un hôtel super luxe (vive l’humanitaire). Découverte de Khartoum, de la maison, des expatriés...et du climat.
Il fait super chaud mais heureusement les maisons sont équipées de la clim et de ventilateurs.


Apres, j’ai découvert mon poste qui consiste à m’occuper des expats dans tout ce qui est suivi administratif, et il y a beaucoup de paperasse à faire ici pour le moindre mouvement donc je ne chôme pas.

Je travaille avec deux assistantes qui sont sympas et qui s’occupent d’aller dans les administrations. J’ai suivi l’une d’elle pour voir comment ça se passait et je dois dire que c’est le parcours du combattant ; il faut aller de guichet en guichet, d’administration diverses et variées et à chaque fois plusieurs guichets à faire pour un papier !!! Avec des heures d’attente.

Moi mon boulot c’est de vérifier que les papiers sont fait en temps et en heure, ça a l’air simple comme ça mais quand il faut regarder continuellement les dates de validité des divers papiers nécessaires pour 75 expats, ça fait du boulot !! En plus quand il faut parler en anglais c’est pas gagné. Je fais souvent répéter car l’anglais soudanais est un peu différent de mon anglais à moi. Mais je compte bien progresser…

Sinon l’autre volet de ma mission est de m’occuper de la maison mais pour l’instant je m’en occupe de très très loin. On vient juste de me présenter l’équipe de cook qui fonctionne bien à priori et j’attends qu’on m’explique le côté logistique pour la maison.


A part ça je vais manger des glaces dans le restau en face la maison ainsi que des pizzas, j’ai eu ma première soirée VIP chez les américains (USAID), où je me suis sentie un peu en décalage avec tous ces gens qui habitent dans une maison super luxueuse et qui parlaient tous en américain ... le seul avantage est que j’ai pu boire de la bière bien fraîche !! Ce qui est rare ici car tout est interdit, enfin officiellement.

Petit inconvénient qui se retrouve dans la tenue vestimentaire car on ne doit rien montrer, surtout les femmes. Donc c’est pantalon de rigueur ou jupe très longue, on ne doit rien voir mais à 40 degrés j’avoue que c’est pas hyper confortable ! Mais bon on s’adapte.

Je m’arrête là car je suis quand même au boulot, même si c’est samedi.

A bientôt
Vero

26/06/2005

Nicolas au Nord Darfour N°11

Le 24 juin 2005
Message in the Bottle !


Eh bien, je dois dire que le retour n'a d'abord pas été de tout repos. Mais ça je m'y attendais.
Ensuite, il se trouve, que je ne suis pas revenu avec autant d'enthousiasme que lors de mon arrivée.

Les conditions de vie, le manque de vie sociale, la rudesse du climat, le couvre feu, le manque d'activités et de loisirs me sont retombé dessus comme le ciel serait tombé sur la tête des irréductibles gaulois ;-D
Depuis, j'essaie tant bien que mal de m'en remettre.
J'essaie de travailler moins tard. Je dis bien j'essaie ! En ce moment, je dois faire concurrence à KDR (Bon anniversaire mon Amiral!!!) en nombre d'heures de travail.
Il y a encore quelques semaines, j'avais le temps de lire le soir en rentrant. Désormais, avec tous les chantiers que je mets en route pour arriver à une meilleure organisation sur la base, j'arrive à la maison, alors que le soleil est déjà bien bas sous l'horizon. Et pourtant, les jours sont plus longs en ce moment...

Je commence à comprendre que mon manque de motivation pour écrire ces derniers jours vient du fait que je passe tellement de temps devant mon ordi pour taper des rapports, en veux tu en voila que le soir, je ne me sens pas de m'y remettre.
Ce n'est pas une question d'inspiration. Elle revient des que je me lance. Mais le plus dur c'est de m'y mettre.
Du coup, tu attends depuis des semaines. Et moi, je suis désolé de ne pas le faire et ça a pour conséquence que je suis un peu dans un cercle vicieux (fatigue, apathie, remords, apathie...).

Une autre raison qui fait que la motivation et le moral ont des hauts et des bas, c'est que récemment nous avons appris de source non officielle (mais je peux quand te le dire), que la fermeture de la base de KK est officiellement programme. On ne sait pas encore trop quand (dans 4 mois à la fin du contrat de financement ? ou dans un an) ni comment (on repart comme on est venu ou on passe le témoin pour pérenniser les activités), mais c'est décide... On a un peu le sentiment d'être des pions qui ont des jambes pour courir dans tous les sens, des bras pour se débattre avec les tuiles qui nous tombent régulièrement sur le coin de la gueule, mais pas de cerveau pour donner leur avis. A moins que ce soit qu'ils (les coordinateurs a Paris, Khartoum ou El Fasher) aient peur qu'une telle nouvelle nous démotivent, sachant qu'ils ont énormément de mal à trouver des volontaires près à venir se cramer au Darfour.

Je suis d'ailleurs en train de me dire que je devrais bientôt songer à donner mon préavis (2 mois). Je ne veux pas me laisser entraîner jusqu'à me dire un jour que je suis complètement crame physiquement et mentalement et que je ne plus assumer. Je ne serais alors pas en mesure de passer la main dans de bonnes conditions.
Donc voila, mais pour le moment, je n'envisage pas de partir avant mon prochain break début septembre. Par contre, je suis a peu près sur de donner mon préavis à la fin juillet pour terminer début octobre. Je dois rester un mois au moins après mon retour de break.

Pour ce qui est de l'ambiance sur la base, je ne sais pas si tu avais eut vent du fait que ce n'était pas toujours rose... Ca c'est améliore. Pas seulement parce que la fille avec qui je n'avais pas beaucoup d'atomes crochus est partie et devrait être remplacée dans la première quinzaine de juillet. D'ailleurs avec Sophie qui vient de partir, on avait réussi à bien s'entendre depuis mon retour de break.
Avec Nathalie, qui est restée, il faudra voir. C'est une raleuse. On discute le plus possible pour essayer de prévenir les clashs. Mais entre la fatigue et le stress, on ne sait pas où jusqu'où la diplomatie arrivera à s'imposer sur l'emportement.
Je sais que c'est dans les contacts avec les gens de KK que je retrouverais ma motivation.

Pour cela, je vais essayer de mettre les bouchées doubles pour apprendre l'arabe (lecture, écriture...), je vais plus souvent aller faire le tour des centres ou l'on distribue des rations de nourriture spéciale ou on prodigue des soins aux personnes (surtout des enfants) sévèrement malnutris.
Je vais vivre un peu plus au rythme de KK!!! Inch Allah!!

Même si c'est loin, vu que tu me demandais sur mes vacances en Turquie, je vais faire court... Caramba encore raté !!
Apres deux jours à Istanbul, ou nous avons visite les vieux quartiers exclusivement, où nous avons fait quelques croisières sur la mer de Marmara et le Bosphore (un trajet coûte 1/2 euros pour une quinzaine de minutes), avec Vero, nous avons pris un bus de nuit (les jours nous étaient comptes) vers Bozgadaa, une île turque sur la mer Egee, pas loin de l'entrée des Dardanelles.
On s'est mis dans une petite pension, tenue par une petite femme, bien en chair, qui nous a alpagues a la descente du bac, son foulard noue sous le cou, son pantalon saroual bleu a petite fleurs, donnant un effet très kitch, que nous allions retrouve chez toutes les femmes qui ont passe la quarantaine.
Vu qu'on était dans une saison sans touristes et avec un temps qui ne permettait pas les excursions aventureuses vers l'intérieur de l'île, nous avons passe tout notre temps dans le village vente et humide. Il a bien plu quand même. Du coup, on a beaucoup fait la sieste.
Tu me diras, je voulais de l'eau et du sommeil... J'étais servi!!! La prochaine fois je préciserai que c'est l'eau de la mer que je voulais pour me baigner et faire des siestes sur une plage pour me reposer le corps et l'esprit.

Nous sommes rentres à Istanbul avec 24H d'avance sur nos avions respectifs. Je ne pouvais pas me permettre de le rater, vu que Sophie était toute seule à KK, vu que Nathalie avait été expulsée faute de laisser passer et visa en règle.
En plus mon visa de sortie et de re-entrée soudanais expirait quelques jours après la date prévue de mon retour à Khartoum.

De toute façon, je suis arrive en retard. Mon escale au Caire, au lieu de durée 5 heures a finalement dure 29 heures. En transit depuis Istanbul, j'aurais du prendre un avion dans la nuit. Fautes de bonnes conditions climatiques à Khartoum, le collage a été reporte au lendemain matin. Du coup, Egypt Air nous a organisé une nuit d'hôtel à l'arrache. Je ne me suis quand même endormi que vers 5heures du mat pour un réveil à 7.

Retour à l'aéroport. Décollage à l'heure, vol normal jusqu'à Khartoum. Le problème c'est que au moment ou je m'attendais à ce qu'il perde de la vitesse et de l'altitude pour atterrir, il a remis les gaz et fait demi tour. Quelques minutes plus tard, le pilote nous annonçait qu'une grosse tempête de sable soufflait sur Khartoum et qu'il était impossible de se poser en toute sécurité. Il a fallut qu'on arrive à l'aplomb de Khartoumpour qu'ils s'en rendent compte!!!
Il était d'abord prévu que nous atterrissions à Assouan pour attendre que le temps s'améliore sur Khartoum. Mais alors que notre nouvelle destination approchait, une nouvelle annonce du pilote nous faisait de nouveau déchanter. On retournait au Caire ou nous avons atterri en début d'après midi.

Nouvel hôtel. Il a fallu se battre cette fois pour obtenir une clé des réceptionnistes qui ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. J'ai passe l'après midi, à regarder Rolland Garros (je ne connais d'ailleurs pas le nom des vainqueurs hommes et femmes) en espérant que le sommeil qui m'assaillait aurait raison de mon plaisir à regarder la télé. A peine! A minuit, quand nous sommes repartis vers l'aéroport (encore) je n'avais dormi que 3 heures au cours des 48 dernières heures. Vive les retours de vacances!

Il fallait encore récupérer nos passeports quelque part dans l'aéroport. Bien sur ils n'étaient pas encore prêts et il suffisait d'attendre un quart d'heure, puis au bout d'un quart d'heure, l'attente devenait 30 minutes... On en a profite pour aller se boire une dernière bière avant notre arrive au Sudan. J'ai rencontre à l'aéroport du Caire un pote qui travaille pour Goal à quelques km au nord de KK et que j'avais connu il y a quelques semaines à Nyala.

Une fois arrivé à Khartoum, nos déboires tardaient encore à prendre fin. On a attendu plus de deux heures que nos bagages apparaissent sur l'unique tapis roulant du hall d'arrive. Ce fut une cohue monstrueuse pour les atteindre et les attraper. Même si tout le monde, dans les 4 rangs de personnes qui s'étaient formait autour du tapis roulant, était disposé à nous les faire passer...
Voila, ça devait être court, mais j'avais oublié à quel point cela avait été épique de revenir.

Ca n'a pas aidé pour la motivation au retour.
Mais ça parait déjà loin et ils se passent pleins de choses ces derniers jours qui me font envisager cette fin de mission sereinement.

Adtaleur
Nico

01/06/2005

Nicolas au Nord Darfour N°10

Le 2 mai 2005

Peu après le décollage, dans un petit avion de 12 places, on a pu voir au loin le camp de Kalma. Ce camp, c'est l'enfer. Plus de 100.000 personnes s'entassent sous des abris de carton, de branchages et de tissus. Une odeur pestilentielle règne en permanence, quelque soit le sens du vent. Les milliers de latrines installées par l'une des 53 organisations humanitaires venues du monde entier s'installer à Nyala débordent et personne n'a pour le moment la capacité de les vider. Il n'y a pas le moindre arbre pour arrêter les implacables rayons du soleil.
Des marigots serpentent entre les tentes de fortune. Ça et là un drapeau flotte dans les faibles courants d'air. Lorsqu'ils bougent beaucoup, c'est à cause des violents vents de sables. Que du bonheur! J'ai visité là bas le centre de nutrition thérapeutique de notre ONG. Celui de KK c'est une résidence 3 étoiles à côté. Une fois à El Fasher, j'apprends que le Programme Alimentaire Mondial, qui affrète les hélico pour KK et d'autres villages du nord Darfur est en rupture de stock de fuel. Les appareils sont du coup cloués au sol jusqu'à nouvel ordre.
Pourtant, le soir, je rencontre la personne en charge des plans de vol dans un soirée chez Oxfam (ONG anglaise) et il nous apprend que le lendemain, un hélico est prévu pour KK. Vu que les vols ont été annulés les jours précédents, les premiers arrivés seraient les premiers servis. L'hélico ne peut pas prendre plus de 13 passagers. Il ne faut pas être superstitieux.
Réveil 6.30. Après une nuit à la belle étoile. A peine les yeux ouvert, je doute que je l'on puisse décoller. Mon matelas, mon oreiller, mes oreilles, ma bouche, mon nez sont pleins de sable et de poussière. Depuis quelques minutes une terrible tempête de sable s'était levée. Les palmiers dansaient frénétiquement au rythme des rafales. Les arbres plus petits ployaient à rompre sous les violents coups de boutoirs. Mes craintes se confirmèrent peu de temps après avoir obtenu mon billet. Le vol était annulé et il n'y en avait pas d'autres prévus avant plusieurs jours. Un jour de plus de retard.

Toutefois, ça n'a pas été un jour de perdu. J'ai pu participer à un petit atelier de réflexion sur la gestion du personnel dirige par la responsable des ressources humaines au siège à Paris.
Le lendemain, c'est en voiture, en convoi avec une voiture de MSF Belgique, que j'ai rejoint KK. Les deux voitures de notre ONG s'affaissaient sous le poids du lait thérapeutique et des couvertures destinées aux centres nutritionnels de KK. La route s'est passée paisiblement. Pour éviter toute crevaison on était oblige de rouler doucement sur la piste caillouteuse. Seule chose notoire, la présence d'un nouveau check point sur la route.
J'ai appris le lendemain qu'il s'agissait de rebelles du SLA (groupe qui depuis plusieurs années luttent contre le gouvernement qu'ils accusent de vouloir marginaliser le Darfur. A notre passage, ils ont à peine esquisser un signe pour nous faire comprendre qu'il n'était pas la peine que nous nous arrêtions. Aux autres check points, tenus par le gouvernement, non plus, nous n'eûmes pas à nous arrêter. Tout était pour le moins paisible.
Le seul désagrément aura été les pierres saillantes, les trous et les bosses. Le lendemain, je me suis réveillé avec un gros blocage vertébral au niveau du cou dont je n'arrive pas vraiment à me débarrasser.
Ajouter à cela les petits tracas causés par la National Security (police pour faire simple) qui a décidé de nous fliker. De marquer à la culotte tous les déplacements d'expatriés, j'attends mon break avec impatience. Je rêve encore plus de me jeter dans la mer fraîche. De pouvoir me boire une bière bien fraîche en toute impunité.
D'ici là, le programme est chargé. Mon agenda déborde.

Il se fait tard. Encore une fois, je me suis laissé emporter par le plaisir d'écrire. La nuit devient humide, les insectes s'agglutinent autour de la lampe à pétrole et de l'écran qui semble les aimanter. La saison des pluies approche.

J'arrête de vous saouler pour ce soir. Menfin j'espère que je vous aurez envie me donner de vos nouvelles.
Comme dit Etienne, je suis preneur. Ça fait toujours super plaisir. Je n'ai malheureusement que très peu d'opportunités pour répondre à tout le monde en direct.
Biz à tous ceux qui s'éclatent un peu partout dans le monde, de la Mongolie, à la Bolivie, en passant par l'Indonesie, le Laos, la Birmanie, le Bangladesh, Sri Lanka, la Somalie, l'Ethiopie, le Darfur (à Nyala, Geneina, Nertiti, Muhajeria, Sania Afendu...), la RDC, le Mali, le Bénin, la Cote d'Ivoire, le Sierra Leone, le Sénégal, la France (mais si, on s'y éclate, les beaux jours arrivent...Inch Allah), Haiti...

Prenez tous soins de vous
A tout à l'heure

Nico

30/05/2005

Nicolas au Nord Darfour N°9

Le 2 mai 2005

Ici, de retour a KK depuis quelques jours, les affaires ont repris sur les chapeaux de roue. Tout le monde m'attendait de pied ferme pour que les choses reprennent leur cours comme avant mon départ. Du coup,à peine arrivé, déjà submergé.
Heureusement, j'avais réussi à bien me changer les idées. Ca m'a fait du bien de sortir de KK pour aller voir ce qui se passe ailleurs au Soudan et au Darfour.

A Khartoum, j'ai participé à un forum sur comment communiquer au personnel la nouvelle politique salariale de notre ONG. J'y ai rencontré ceux qui comme moi sont responsables de base mais au Sud Soudan, où les accords de paix on été signés au début de l'année et qui est presque un autre pays, vu qu'ils ne parlent pas tous arabe, que l'islam n'est pas majoritaire et qu'ils se reposent le dimanche au lieu du vendredi comme ici. Et puis il faut ajouter, que moi, avec mon laisser passer pour le Darfour je ne pourrais même pas
y aller. Les échanges entre le nord et le sud ne sont encore que très rares. Les personnes déplacées rentrent chez elles au compte goutte. Tout le monde reste un peu circonspect sur la solidité des accords de paix. Seul le pétrole n'est pas gêné dans ces déplacements en direction de Port Soudan sur la Mer
Rouge
. Le Canal de Suez n'est pas loin.

Lors de mon passage à Khartoum, j'ai profité du vendredi pour aller visiter un site ou il y a des dizaines de pyramides. Aucune aussi majestueuse que celles du Caire, mais dans un site magnifique de dunes partant à l'assaut de dômes monolithiques, (je sais pas si c'est comme ça kon di c'est juste pour dire qu'on aurait dit...) des blocs géants sombres, arrondis et comme lissés par l'érosion due aux nombreux vents de sable. Comme aux abords de l'Adrar des Ifoghas, dans le nord ouest du Mali, entre Tammanrasset et Gao, sur la route du Ghana.
Même s'il est évident que la conservation du patrimoine n'est pas la priorité du gouvernement soudanais c'est un sanctuaire qui mérite de se faire assommer par le lourd soleil de midi. Le même jour, sur le chemin du retour, après un rapide repas croustillant dans un "resto" battu par les incessants tourbillons de sable, rappelant le Bagdad Café, on est allé voir la 6ème cataracte du Nil.

C'était beau! Pas la cataracte en elle même, mais le Nil. A cet endroit, il passe dans un étroit défilé avant de redevenir plus large. Du coup, à cet endroit précis une île vient le couper en deux créant une dépression au fond de son lit qui décroche en une sorte de marche créant des petits rapides.

De retour en ville, si je n'avais pas trop souffert de la chaleur et de la poussière, j'aurais pu aller voir une cérémonie soufie avec des derviches tourneurs. Ceux qui y ont assisté sont rentrés ravis.
Lors de mon prochain passage à Khartoum, j'essaierai de ne pas le rater. à l'occasion de ma semaine de vacances que je vais passer en Turquie. Je dois retrouver Vero à Istanbul le 21/05. Ensuite on va essayer de trouver une petite île paisible (pourquoi pas Cos) dans la mer Egée. Apres Khartoum, je suis allé à Nyala, dans le sud Darfour.
Je me suis bien changé les idées malgré la chaleur étouffante qui régnait la semaine dernière. La formation de trois jours sur la sécurité en milieu hostile m'a aussi permis de faire quelques connaissances intéressantes et de remettre la gestion de la sécurité au coeur de mes préoccupations. La situation tranquille de KK pouvant être trompeuse. Repartir de Nyala, n'a pas été une mince affaire. D'abord je me suis rendu compte que l'avion que je devais prendre n'avait jamais été programme. Le lendemain, mon nom était bien sur la liste des passagers, mais le temps à El Fasher nous obligé à passer plus de 6 heures dans l'aéroport ou l'électricité était en panne.

Du coup, nous avons (on était 4 à voyager ce jour là) suer tout ce temps dans la chaleur moite. En me réveillant, j'ai vu la poussière de la cour constellée de traces de la petite averse qui avait, à l'aube, humidifié l'atmosphère. Les autorités mettaient ce retard sur le compte de la météo, mais on les a très vite soupçonné de vouloir nous empêcher de survoler des zones où elles menaient des opérations militaires. Une bonne partie de la matinée, les hélico armés de toutes sortes d'armes lourdes décollaient et revenaient se poser sur la piste.

à suivre...
Nico

28/05/2005

Nicolas au Nord Darfour N°8

Le 27 mars 2005
As Salam Aleikoum,

Les soirées à Kebkabiya sont quand même bien paisibles. On en oublie très vite que c'est au milieu du Darfour et que les Ganjaweeds "rodent".
Pour la première fois depuis le départ de Romain, mon prédécesseur, je suis sorti "en semaine".

D'abord, Said d'une ONG Belge est passé m'emprunter ma tondeuse. Depuis son break de débauche à Nairobi, il ressemblait à un intégriste. Visite anodine de bon voisinage. De voisins qui se dépannent. Puis de fil en aiguille, de feuilles en joints, je me suis rappelé que Sophie avait ramené de Khartoum, quelques sachets de rhum. J'ai découvert ça à mon arrivée au Soudan. Les sachets d'alcool!! Un baby dans une dose en plastique ! Ça existe au goût vodka, au goût - je ne sais plus à quel alcool ressemblait l'autre que j'ai goûté - et puis enfin comme ce soir, alcool fort, saveur rhum. De l'alcool "propre" comme dirait Said. Et non du Souko Souko local. Quelques oranges pressées qui me coûtèrent quelques énormes gouttes de sueur et on était à Cuba. Manquait que le Havane!.... Bon il n'y avait pas la mer.
La mer!! Dans un pays désertique, la mer c'est un sujet de discussion ou de pensée recurent. A peine un mois et demi que je suis là et j'apprécie de manière disproportionnée à mes habitudes la sensation de l'eau qui coule sur les mains. La douche même avec 6 litres pour se laver (et se rincer!), c'est du bonheur. L'eau si rare. Quand tu la sens couler c'est trop bon.

Cette semaine, j'ai d'autant plus pensé à la mer que j'ai du préparer mon break. Une obsession! La mer.
Pouvoir me jeter dans des mètres cubes d'eau fraîche.
C'est vrai, l'eau n'est pas plus buvable qu'à Kabkabiya, ou ailleurs en Afrique pour les Khawajah, mais elle a le mérite d'être là et ça suffit. J'ai autant besoin d'un break dans la fraîcheur des embruns que lorsque je suis arrivé, plus ou moins par hasard, au bord de l'océan au Sénégal, alors qu'il était prévu de passer du four du sahel Malien à l'étuve des sables mauritaniens. Du coup, le break, il est organisé sur la côte de la Mer Rouge. Dans une station balnéaire sortie de terre pour les besoins du développement du tourisme au pays des pyramides. Je crois qu'il y a aux environs quelques villages plus authentiques. Le Nil n'est pas loin non plus. Louxor, la Vallée des Rois... Plein de choses que je ne verrai peut être pas tant je ressens le besoin de me reposer.

C'est usant ici. Les soirées paisibles ne comblent pas forcement la dépense d'énergie quotidienne. Quand il fait chaud tu t’épuises sans faire d'efforts démesures. Pour qu'il fasse frais, il faut compter sur un bon vent de sable. La poussière soulevée par les bourrasques s'insinue de partout. La bouffe devient croustillante. Même les pommes de terre bouillies. A part ces petites contrariétés, il n'y a rien de mieux qu'un bon Aboub, un vent de sable, pour voiler le soleil en pleine journée et rafraîchir l'atmosphère.

Le souko souko, j'y suis finalement revenu ce soir. Said m'a traîné chez le Dr Ahmed et Ashraf. Ils bossent tous les deux pour une ONG. Ashraf est logisticien. A notre arrivée, la viande épicée rôtissait déjà sur le barbecue et l'alcool de dattes, au goût subtil de vomis, coulait déjà à flot. Parfois, le goût est plus fruité. C'est qu'il est préparé à base de goyave. Noyé dans le pepsi (et oui, on n'a pas toujours le choix!!) ça dégrise. Je suis rentré bien dégrisé d'ailleurs. Ca m'a fait du bien de ne pas passer la soirée à la guest house. Je pense d'ailleurs que je vais voir plus de gens "extérieurs" dorénavant.

Grosses bises à tous et à bientôt
Nico

08/03/2005

Nicolas au Nord Darfour n°7

2 mars 2005

Une soirée tout seul à KabkabiyaKK

(KK) perso n'a rien reçu du tout ce soir.
Par contre, KK pro a momentanément débordé. J'ai tout traité !!!
J'ai redirigé vers Sophie, qui est partie en début d'après-midi, en hélico pour El Fasher en route pour Khartum, puis le Caire où elle passera ses 7 jours de break avec son copain.
J'ai classé les infos. J'ai du renvoyer une pièce, que comme de coutume, j'avais oublié. C'était mon rapport hebdomadaire sur la situation sécuritaire et les programmes nutritionnels.
On a toujours fait comme ça !
C'est finalement pas mal de sortir tôt du boulot et de s'y remettre un peu plus tard dans la soirée. Il y a vraiment pire comme lieu de travail. Pendant que certains n'arrivent pas se défaire de leurs moonboots, la haut dans le grand nord, moi je peux passer quelque temps à leur écrire après traitées les affaires courantes, en short, tee-shirt et babouches sous la voûte étoilée.

Ce soir, c'est la fête à la sauterelle. Il y en a quelques unes qui se sont invitées ce soir. Peut être attirées par l'écran de l'ordinateur.
Je dis sauterelle, mais je pense que, à la vue de la différence de gabarit et en entendant le bruit qu'elles font en allant s'écraser contre la porte de la douche, l'espèce de bestiole qui est en train de me regarder taper, comme hypnotisée, mérite d'être appelée autrement.
Surtout que l'autre soir, Jean Pierre, qui travaille pour une ONG Belge dans un petit village quelques dizaines de kilomètres au sud de KK, et qui était de la campagne de Bosnie, des le début des années 90, nous avait dit avoir vu une nuée de millions, de milliards de ces crickets géant survoler sa maison.

Je n'aimerai pas les vexer.
Elles, pas plus que les araignées qui aiment venir trouver refuge sur les murs bleu ciel, dans la maison.
Elles ont autant d'envergure que la paume de ma main avec leurs fines pattes très longues. Certaines n'en ont que six, d'autres sept. Les plus grosses peuvent avoir plus de dix pattes. Celles de devant menacent. Attaquent peut être.
En tout cas, quand elle ne posent pas sur les moustiquaires ou les murs, avant de se faire écraser sous une sandale, elles sont extrêmement rapides et paraissent agressives. De plus près, on se rend compte que c'est une vraie araignée de course. La tête triangulaire profilée suivie d'un corps arrondi confère à cette chose arachnéenne, un aérodynamisme particulier.
C'est pas beau à voir. Et en plus ça rend rien sur les photos.
Je ne suis pas sur d'apprécier la chasse aux araignées quotidienne. J'espère juste qu'un petit coup de Pif Paf, l'insecticide miracle ici, suffise à nous débarrasser de ces visiteuses indésirables.
Depuis que Moussa m'a dit qu'elles ne sont pas dangereuses, j'ai moins d'appréhension à les croiser sur mon chemin.

Moussa, il fait près de deux mètres, taille qui ne surprend pas à KK voire au Soudan, et plus de 110 kilos. Ce n'est pas lui qui viendra grossir les statistiques des centres de nutrition supplémentaires. Il a des mains aussi grandes que le tamis de ma première raquette de tennis. Apparemment, il fait de la boxe.
Hormis le fait qu'il est très consciencieux dans son travail, il a fait preuve d'une énorme gentillesse, d'une grande patience et d'une inaltérable bonne humeur à mon égard.
Il en fallait pour supporter de discuter avec moi pendant plusieurs heures en arabe alors que je ne connais encore presque rien de cette langue.
Il attend que je prenne note de chaque mot nouveau que j'arrive à identifier. Il me dicte des phrases comprenant ces nouveaux mots pour que je puisse savoir comment les utiliser dans une phrase plus complexe. Il n'a jamais été à l'école, mais je crois que ça va être mon professeur d'arabe. D'arabe soudanais, de la rue de Kabkabiya.

En échange, il m'a demandé de lui donner quelques cours d'anglais. A lui et aux autres gardes. C'est avec eux que j'ai les meilleurs contacts. Surtout ceux de la maison. Je les connais mieux. On discute le plus possible.

Tous habitaient dans les alentours de KK. Devant les exactions des Djadjaouid, ils ont tous fui, abandonnant leur maison, leurs troupeaux, certains de leurs parents.
Un autre Moussa, gardien de la maison lui aussi, n'a pas vu deux de ses enfants depuis plus de deux ans. Il a de leurs nouvelles régulièrement, il leur envoie de l'argent de temps en temps. Mais il n'ose pas sortir de la ville pour aller rejoindre le village où ils se sont réfugiés.

Cela prendra du temps à toutes ces personnes déplacées de retrouver la confiance nécessaire pour retourner dans leur village pour reconstruire leur vie dissipée en fumée, en même temps que leurs récoltes et leurs cultures. Certains, comme Ali, le plus vieux de nos gardiens, a retrouvé plusieurs mois ou années après leur vol, des têtes de bétail qu'il avait marqué.
Muni des certificats du vétérinaire, heureusement qu'il les avait, il s'est présenté devant la police et a obtenu gain de cause.
Il suffit de savoir que la fortune d'une personne et de sa famille se juge au nombre de têtes de bétail pour comprendre qu'au Soudan on ne rigole pas avec les bovins! Ici on trouve du lait en poudre exclusivement.
Moussa n'a apparemment pas eut cette chance. Lui ils possédait en tout plusieurs centaines d'animaux : quelques dromadaires, plusieurs dizaines de paire de cornes...
Bovins et ovins confondus.

Nico

06/03/2005

Nicolas au Nord Darfour n°6

19 février 2005
Hello,
Ce soir, je profite de ma première soirée, seul.

Jusqu'à hier, Edouard, le coordinateur Nord Darfour était là pour que je ne me trouve pas trop longtemps tout seul dans KK.
Sophie l'infirmière nutritionnelle (nut pour la suite) est à El Fasher pour procéder à un recrutement et revient demain, par l'helico du PAM.

C'est vrai, ça a l'air beaucoup toutes ces activités à gérer. Mais en fait, depuis trois jours que je suis seul en charge, je n'ai pas l'impression de faire grand chose. La mission tourne toute seule.
Je suis là pour signer les demandes de sortie de liquide pour les achats au marché ou le paiement des salaires des travailleurs journaliers...

Aujourd'hui j'ai supervisé de loin en loin l'avancée d'Edouard, le cadre dynamique, débraillé, sur la route qui sépare K(ilo)K(ilo) et E(cho) F(oxtrot) (vous vous rappelez KK: Kabkabiya et EF El Fashir?).

J'étais content, en fin d'après-midi de les savoir rendus sans encombre et que les petits tracas de roues, mises à rude épreuve sur les pistes de cailloux du Djebel Si, n'ont été d'aucune incidence.
Depuis que l'Union Africaine a mis en place des patrouilles sur cette route et a renforcé sa présence aux abords de Kabkabiya et dans les principales villes de la région la situation à l'air de s'améliorer. Les coups de feu sporadiques que nous entendons de temps ne sont que des signes de joies à l'occasion de cérémonies.

Ces derniers jours, que je suis maître de mon emploi du temps, je me suis permis d'aller faire un tour au souk, qui se tient deux fois par semaine, les lundis et jeudis.
Je me suis baladé entre les étals de fruits et légumes (ma foi fort beaux pour le moment), de vêtements, de produits de beauté, d'épices...
El Said qui m'accompagnait, en cherchant du miel (délicieux) m'a permis de rencontrer Adam, un des gardiens de la maison.

J'aime bien ce gars. Toujours souriant! Il était assis sur une chaise au fond de la boutique. Il siégeait comme un invité d'honneur. Alors que je lui serrais la main, en voulant lui taper l'épaule, j'ai senti sous sa djellaba le couteau traditionnel, qu’à peu près tous les hommes de KK, voire de la région, portent dans un étui de cuir. Moi qui voulais commencer à faire des connaissances, j'étais bien tombé.
Du coup, je connais l'épicier qui m'a traité avec encore plus d'égard, grâce au fait que je connaissais son ami Adam et tous les gens que j'ai croisé dans le dédale du marché ont pu se rendre compte que j'était un rawajah qui savait se déplacer avec ses deux jambes et pas seulement en voiture avec un chauffeur.
Je vais de nouveau devoir m'habituer à tous ces regards interloqués et pressants chaque fois que quelqu'un t'aperçoit.
Des regards interloqués, amusés, curieux... jamais méchants, j'en ai croisé mercredi, juste après le départ de Romain.

Une réunion avec les habitants de deux quartiers avait lieu juste après la pause déjeuner. Elle se tenait dans le CNT, du quartier Amariya Shimal, principalement compose de personnes déplacées par le conflit. J'ai du représenter notre ONG auprès de tous ces gens avec l'aide de traducteurs qui heureusement pour moi était aussi calés en nutrition. Il a fallu que la description des activités et mandats de notre ONG soient traduits dans 4 langues.

La batterie de mon ordi va me lâcher, je vous raconte la suite de cette réunion haute en couleurs la prochaine fois.

Adtaleur
Nico

04/03/2005

Nicolas au Nord Darfour n°5

12 février 2005 .

A l'arrivée à El Fasher, après avoir récupère mes effets personnels, je ne trouvais aucun chauffeur de mon ONG. Disons plutôt, qu'aucun n'est venu me trouver. Je demandais au chauffeur de MSF de me transporter jusqu'au bureau. A peine partis, on reconnaissait le Land Rover garé en bout de parking. Faux départ. Le chauffeur restait toutefois introuvable. Il s'occupait en fait de l'embarquement de l'ancien admin de la base.

A El Fasher, je me faisais une bonne sieste avant de rencontrer Edouard le coordo programmes pour le Nord Darfour. Et puis on allait boire l'apéro à la maison de EMDH. Le chef de mission qui est la depuis longtemps avait monté un bar. Le Bar de la Plage. Comme il rentrait de Khartoumlui aussi, sa réserve était bien achalandée. Pastis, rhum, whisky... Le dernier pastis était vraiment appréciable.
A Kabkabiya il n'y a que du Souko Souko, de l'alcool de dattes. C'est assez corrosif. Il faut y faire macérer des fruits et des épices pour le rendre buvable.

Kabkabiya j'y arrive !!! En hélico. Special guest du PAM. On survole des plaines arides, puis le relief commence à monter. Les pics se dessinent. Les villages razziés et brûlés apparaissent. On ne vole pas très haut. Ca fait bizarre de se sentir monter à la verticale et voir les roues décoller du sol dans un vacarme assourdissant. Ce jour là, on avait chargé prêt de 6000 savonnettes pour la mission à Kabkabiya. Tous d'un rose très Flashy!!! Ils nous sont fournis par Care une ONG anglo-saxonne.

L'hélico ce sont des bulgares (des mercenaires???!!!) qui le pilotent. L'appareil lui même venait de Sofia.
Ils n'étaient pas très patients et ils nous pressaient pour décharger tout le savon. On a atterri dans le nord est de Kabkabiya. A côté du quartier général de l'AUCFC (African Union Cease Fire Comittee). Eux continuaient jusqu'à une autre ville un peu plus loin sur la route en direction d'El Geneina.

Les personnes déplacées ne s'y sont d'ailleurs pas trompées. En quête de sécurité, elles construisent le plus prêt possible des forces de l'UA. Ces dernières ont d'ailleurs clôturé un large périmètre autour de leurs infrastructures avec un impressionnant barbelé. L'urbanisation va à une telle vitesse que le chauffeur qui est venu me chercher à la descente de l'hélico ne retrouvait plus son chemin. La route qu'il empruntait habituellement était désormais barrée par le mur d'enceinte d'une nouvelle propriété.

Attirés par les commodités et la sécurité de la ville ou des ONG et les Nations Unies par le PAM distribuent de la nourriture et autres matériels nécessaires pour la reconstruction de leur vie ruinée par les exactions de certains belligérants, la sécheresse, les personnes déplacées sont en train de s'installer. Ils manquent de confiance et n'osent pas, ne sont pas prêts a retourner dans leurs villages pour tout recommencer alors qu'ils ne leurs restent rien de leur ancienne vie. P
our éviter d'en attirer chaque jour plus (pour le moment l'estimation est de 600 arrivants par semaine) les ONG réfléchissent à des actions en dehors de la ville.
Mais la sécurité n'est pas garantie des que l'on sort des faubourgs de Kabkabiya. D'ailleurs il faut des laissez passer.

Je suis un peu abruti après tout le temps passé à rédiger ce message alors je vais arrêter là.

Ad taleur .
Niko

28/02/2005

Nicolas au Nord Darfour n°4

12 février 2005 .

Aujourd'hui, c'est le jour du seigneur. En fait c'est le jour de la grande prière et donc férié. Grasse matinée!!!
Et puis on reste au frais dans la maison sans faire trop d'efforts. Ça fait du bien. Depuis une semaine, je n'ai pas touché terre. Et ce pas seulement pour le nombre record d'heures passées les fesses en l'air. L'escale à Doha a été longue. Et se dire qu'on se trouvait sur les bords du Golfe Persique ne rendait le temps plus agréable. C'était marrant de voir des gens venus travailler depuis l'Inde, l'Asie du Sud Est, les vacanciers européens, sur leur route vers des plages africaines ou des sommets népalais et les gens qui sont là pour aller travailler au Soudan. Des russes, des chinois... Pleins de chinois.

A Khartoum, j'ai passé mes journées à faire des briefings en compagnie de Loïc qui est logisticien transport à Nyala et Berangère sa chef. Ressources humaines, précautions sanitaires, contexte Soudan, puis Darfour, organisation de la mission Soudan (notre ONG est présent au Darfour mais aussi à Port Soudan, dans le nord sur les bords de la Mer Rouge, à Wau, Djuba et Bentiu dans le Sud Soudan), logistique, admin...
La maison à Khartoum ne désemplit jamais.

Ils sont plus d'une dizaine de permanents appartenant à l'équipe de coordination et il y toujours des gens de passage.
Une vraie colonie de vacances. Ça bosse dur et tard mais le soir après le boulot, c'est un peu la colonie de vacances sans couvre feu. Ils sont tous les uns sur les autres. Tout le monde n'a pas toujours toute son intimité.

Lundi matin, je devais quitter Khartoum par un vol organisé par le Programme Alimentaire Mondial, agence des Nations Unies. L'accès au Darfour est très réglementé. On doit obtenir au préalable un permis de voyage de la part du Ministère de l'Intérieur et du HAC (Humanitarian Affairs Comitee) les espions du gouvernement pour surveiller les activités des ONG. Le mien n'était pas prêt. Départ retardé d'un jour. Mais cette fois ce ne sera pas avec le PAM, mais une compagnie aérienne soudanaise. Réveil encore plus précoce que prévu la veille. Je dis au revoir à Loïc qui lui aussi est levé pour aller choper son avion PAM quelques heures plus tard.

Comme dans chaque lieu de départ de transports, c'est la cohue. On obtient toutefois notre titre d'embarquement sans difficultés excessives. On a quand même failli perdre dans la nuée de paquets et de valises, un colis pour les expats qui travaillent à El Fasher (EF) et Kabkabiya. Moi j'étais accroché à la valisette qui contenait un appareil de télécommunication satellite qui nous permettra d'envoyer et de recevoir des mails. C'est le premier utilisé par notre ONG et ça l'aurait foutu mal de commencer en le perdant.

Le survol de Nyala où Béatrice l'admin Darfour est descendue est impressionnant. C'est d'abord beau. De la verdure comme à Kabkabiya, des oueds couverts de palmiers. Des bosquets d'arbres un peu partout. Mais le plus impressionnant restera le survol du camp de déplacés de Kalma au sud est de la ville. Des abris en plastique à perte sur une immense superficie. Des dizaines de milliers de personnes déplacées par le conflit, les razzias, les viols et la politique de la terre brûlée pratiquée par certains des belligérants sont venues s'installer dans ce camp. Des dizaines d'ONG internationales sont accourues pour porter assistance à ces familles vulnérables. C'est un peu la foire humanitaire. La coordination semble pourrie. Rares étant les ONG qui travaillent en harmonie avec les autres organisations.

Je ne suis pas descendu de l'avion pendant les quelques minutes où il est reste immobilisé sur la piste de l'aéroport de Nyala à attendre que les passagers pour Khartoum prennent place à bord. J'en profitais pour observer, sous l'aile du Fokker qui nous avait fait survoler le confluent du Nil Bleu et du Nil Blanc peu après le décollage, l'arsenal déployé par le gouvernement pour protéger cette infrastructure stratégique. Je m'étais mis à décrire ces moyens, mais je me demande si je peux me permettre ce genre de détails.
On pourrait me prendre pour un espion.

Ad taleur .
Niko

26/02/2005

Nicolas au Nord Darfour n°3

12 février 2005 .
Coucou,

Je suis à Kabkabiya depuis deux jours maintenant et je crois que je vais me plaire ici. Le contexte est quand même vachement plus calme que tout ce que j'avais pu imaginer. La ville est tranquille. Elle est belle en plus. Il y a plein de verdure. Les montagnes ne sont pas loin à l'est et leurs formes les rendent majestueuses.
Il n'y a pas de neige sur les sommets mais elles sont là. Peut être qu'un jour j'irai travailler par là bas pour accompagner des études sur la malnutrition.
A voir si la sécurité nous le permettra.

Comme je disais, en ville tout est calme. Au moins dans la journée. Même si les jours de marché on peut croiser des individus pas très fréquentables complètement saouls. De ceux la il faut se méfier. Il suffit pour cela d'éviter de traîner trop prêt du marché a ce moment.
La nuit, il ne faut pas non plus traîner dans les quartiers sud de la ville où se trouvent toutes les tavernes mal famées où viennent se tordre certains hommes en armes.
C'est du bon sens. De la même façon que je n'allais pas me balader de nuit dans les coins réputés dangereux au Maroc, à Madrid, à Grenoble ou à Dakar.
De toute façon, il y a un couvre feu à respecter.

L'officiel est à 22h00. Celui de notre ONG est fixé une demi-heure plus tôt.
D'ailleurs, ça impose un drôle de rythme. Pour sortir, il ne faut pas traîner trop longtemps à la maison. Hier par exemple, nous sommes allés faire un barbecue à la maison où est logé le staff soudanais de MSF Belgique et on n'a même pas pris le temps de se poser. Ca fait deux fois en deux jours que nous sortons voir des expats et que nous rentrons peu avant le couvre feu. C’est utile de ne pas négliger la vie sociale. J'ai besoin de connaître les expats présents à Kabkabiya. Aussi pour le boulot. Ce sont, leurs ONG, tous des partenaires potentiels. Mais quand même, je pense que je ne serais pas aussi assidu tout au long de ma mission.

La maison est paisible. Comme toutes les maisons soudanaises, elle est partagée en deux. Une partie pour les hommes et une autre pour les femmes.
Dehors se trouvent deux douches, deux latrines plus une troisième chambre totalement indépendante, jusque là occupée par Romain, mon prédécesseur.
Il semblerait qu'elle me soit réservée après son départ. Avantage lié au poste de responsable de base.

Je ne réalise pas que je suis parti pour rester sur cette base pendant plusieurs mois. Que cette maison va être mon chez moi pendant tout ce temps. Que je suis en plus celui qui va devoir veiller à ce que rien ne manque pour Sophie l'infirmière en charge des Centres de Nutrition Supplémentaire (CNS) et "Machin(e)" qui va s'occuper du Centre Nutritionnel Thérapeutique (CNT). Je vais devoir me transformer en homme à tout faire.
Moi qui aimais tant ne rien faire!!!!
Mais ce qui est cool c'est que je vais pouvoir la faire évoluer pour peut être la rendre plus confortable.

La, je ne parle pas du tout ce qui va me tomber sur les bras pour faire tourner la mission après le départ de Romain. En deux jours, j'en ai pris plein les yeux et les oreilles.
J'ai vu et entendu tellement de choses importantes pour percevoir correctement la situation à Kabkabiya, les différents acteurs dans la ville. On a ainsi fait plusieurs fois le tour des seize quartiers. On s'arrêtait pour visiter les centres nutritionnels: il y a 6 CNS dans les quatre coins de la ville et un CNT dans l'enceinte de l'hôpital.

Le processus que suivent les activités de notre ONG commence par l'enregistrement des cas de malnutrition. Les personnes qui s'y présentent, des femmes avec leurs enfants. Les enfants sont mesurés et pesés. Le rapport poids/taille est calculé et le tour du bras mesuré. Si le rapport n'excède pas 80% l'enfant et légèrement malnutri. Il recevra alors une ration hebdomadaire que sa mère viendra chercher lors de la distribution hebdomadaire dans le centre où il est enregistré. Au dessous de 70% il est sévèrement malnutri, ou déshydraté. Il a besoin d'un suivi et d'une attention médicale 24h/24. La maman est donc invitée à amener son fils au CNT ou ils resteront pendant un mois. L'enfant et la maman si elle aussi en a besoin recevra un traitement nutritionnel et médical jusqu'a ce que le petit bout retrouve quelques joues et quelques forces. Pendant la journée, les enfants qui accompagnent un(e) petit(e) frère/soeur s'amusent entre les grandes tentes dans lesquelles les bénéficiaires passent leur séjour. On leur a fait fabrique des trottinettes, une balançoire est en commande... et toutes les idées sont bonnes à explorer.

Pendant ce temps, les mamans discutent dans les tentes à l'abri de la poussière soulevée par le vent souvent violent. Une éducatrice de santé à sa propre tente, centrale, pour recevoir les personnes accompagnatrices et les sensibiliser voire former aux petits gestes et habitudes à adopter pour améliorer l'hygiène à la maison. Certains ne peuvent pas se permettre de passer un mois entier au CNT. Ils partent avant. Parfois avant même que l'enfant n'ai pu complètement récupérer. Le relais est alors pris par les "Home Visitors". Ils vont dans les quartiers chez les gens pour assurer le suivi de la distribution. Ils tentent de savoir comment sont utilisées les rations distribuées au CNS et ce que deviennent les enfants qui ont quitté le CNT prématurément.

Ad taleur .
Niko

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