17/11/2005

Le Sri Lanka vu de là bas... N°8

Le 15 novembre 2005,
Bonjour,

En terme de changements, on a aussi le boulot qui voit du nouveau.
On a fait une bonne et intéressante évaluation des programmes mis en place. Je vous passe tous les détails techniques, mais pour faire court, on va réduire, voir arrêter certains volets, et plus se spécialiser sur d'autres.
8 mois après, il est temps de revoir les objectifs initiaux et de se rendre compte si on les réajuste ou non. On ne peut pas continuer à entretenir des programmes qui pour le coup engendraient plus de dépendance vis-à-vis des personnes affectées.
Tout ça sur le papier, c'est bien joli. Mais on travaille avec des gens, et du coup, il faut le préparer en douceur, arriver à le faire de manière participative, etc.
Ce ne fut pas évident pour l'équipe, donc pour les familles, dans les camps, encore moins !

Et il est temps aussi que les communautés de ces camps puissent également prendre une grande part à leur gestion et animation. Cela se faisait avant, mais la présence en nombre des ONG a créé un état d'attente de l'aide et non pas de "je m'organise en essayant de voir ce que je veux et ce dont j'ai besoin".
Et puis, il est plus facile de dépenser son argent de manière unilatérale, que de travailler à plusieurs.

Nous avons faillit tomber dans ce travers, et il est facile d'y tomber…

Du coup, il y a une nécessité de revoir aussi la pertinence de la présence des postes expatriés... Nous étions nombreux sur cette mission : 4 personnes, ces derniers mois.
Vous ajoutez : la fatigue et les difficultés rencontrées, le contexte pas non plus serein, le bilan des évaluations ainsi que le réajustement des objectifs, et vous obtiendrez la fin de mon contrat !

C'est donc sous un vrai climat d'hiver que je vais passer ma fin d'année ! Et ne vous méprenez pas. J'en suis plus que ravi !!!
A moi, le froid, la neige, les balades dans le Vercors, la baguette et les croissants, les copains-copines, les ami-e-s et la famille !
Et le repos…avant de repartir ?

Juste un mot (non, pas le dernier !).
Il n'est pas facile de partir. Laisser 8 mois comme ça derrière soi, ou à côté, ou à l'intérieur.
Comme je l'écrivais, on travaille avec des gens, des êtres humains, avec l'humanité. Et forcément, on est lié. Par des sentiments. Des souvenirs. Des paroles, des attentions. Par des rires et des pleurs.
La rupture. Laisser l'autre n'est pas facile. On laisse aussi un bout de soi.
Frères et sœurs, oncles et tantes : je vous ai traités de bras cassés, vous m'avez énervés, déçus mais plus que tout vous m'avez accompagné chez vous. On a fait du chemin ensemble. On a appris aussi ensemble.
Alalala, allez pas croire que je suis triste ou mélancolique ! Je garde ça pour les beaux jours !

Avant de finir, je vous laisse avec un slogan qu'un Bouddhiste écologiste aurait pu trouver pour les présidentielles, si il avait eu de l'humour (mais les moines bouddhistes, dit-on, font état de renoncement !). ce slogan est donc : "Prière de laisser cette humanité aussi propre en mourant que vous souhaitez la retrouver en renaissant." Ça aurait pu être un Kundun à la Lionel

Portez vous bien !
La Biz de Matara.

Romain

16/11/2005

Le Sri Lanka vu de là bas... N°7

Le 15 novembre 2005,
Bonjour,

Nouveau message jeté sur la toile…
8 mois que je suis arrivé à Sri Lanka !
8 mois qui me semblent loin et si proche.
Lorsque je repense à mon atterrissage à l'aéroport de Colombo, où d'entrée de jeu, je côtoyais les ONG qui avaient la grosse tête ! J'ai l'impression que c'était avant-hier et pourtant il y a eu tellement de chemin parcouru. Tellement de personnes croisées, rencontrées… Des histoires de vies, drôles, tristes, fragiles, chargées, palpables… mais surtout humaines.

Le plus caractéristique de tout ce temps passé, c'est l'inattendu.
Impossibilité de planifier quoi que ce soit, impossibilité de prédire ce qui va se passer.
Bien sur, dans ce boulot, il faut planifier, prévoir, anticiper, mais il ne faut pas oublier de "s'adapter" ! Voir même de se remettre en cause, remettre en cause des certitudes, des objectifs, voir un programme !
Ce n'est pas chose facile. Il faut laisser un bout de soi, un bout de ses certitudes. Etre en capacité de laisser ce que l'on a fait, de repenser autre chose. Autrement. Différemment.
Ah, le changement ! Si bon... Si déstabilisant…

Tout ça pour dire quoi ? Ben, que ça bouge où on est, qu'il y a du changement !!!

Comme le dit si bien Olivia , les élections vont avoir lieu le 17 novembre. Toute la semaine est quasi en sommeille, car le 15 est un jour de pleine lune. Donc un jour férié ! Et oui, un jour férié par mois, c'est pas mal…
Et puis, avant et après le 17, ce sont généralement des jours fériés non officiels. Quand on sait, qu'il y a bien souvent des "troubles", on évite alors les déplacements, les rassemblements et autres joyeusetés !
Pour l'équipe, on leur donne le jour des élections pour qu'ils aillent voter et on ferme le jour d'après en cas de couvre-feu…
Ici, c'est quand même pas des violents, mais quand on sait que ça part au ¼ de tour… Ils sont assez joueurs, avec les allumettes par exemple !
Un chauffeur de bus qui commet un accident ? On lui court après, on l'enferme dans le bus et on le crame…
Des tamouls dans les années 80 ? On les coince dans leur voiture et on organise un barbecue sauce tamile…
Après, ils sont majoritairement Bouddhistes. Cela signifie pour eux-elles, le respect de la vie.
Ils s'indignent que tu n'ais pas un "Dieu" (oui, ici, le Bouddhisme, c'est religion d'Etat) pour te faire pardonner lorsque tu écrases des fourmis par inadvertance.
Certains disent aussi qu'ils ont une capacité à "absorber" les problèmes : le Tsunami, l'assassinat de leur ministre des affaires étrangères…
Un beau méli-mélo dans lequel on essaye d'anticiper ce qui pourrait arriver.

Les élections sont focalisées sur uniquement 2 hommes. Le premier ministre actuel (Mahinda Rajapakse) et le leader de l'opposition (Ranil Wickremesinghe). Pour faire court, le 1er ministre ferait parti de la gauche et l'autre de la droite libérale. Mais comme partout, ce n'est pas si simple !
Le 1er ministre s'est allié avec d'autres partis, les illuminés du JVP (ceux-celles qui étaient à une époque communistes révolutionnaires, et qui ont virés plus que nationalistes-fascistes) et le parti des moines qui sont aussi bien à cheval question nationaliste… A savoir, que la présidente qui s'était alliée avec le JVP, pour accéder au pouvoir, avait vu son père (ou mari) tué par le JVP… Et que dernièrement, elle désavoue complètement son 1er ministre…
Pour le gars de l'opposition, lui il surfe sur la vague Tsunami, en dénonçant la mauvaise gestion du gouvernement sur la crise, et le travail des ONG (ce que fait aussi le JVP !). De plus, en bon homme de droite, il assure que grâce à l'économie et au développement (et aux libres échanges) tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes… et enfin, il prône un retour à la paix avec le LTTE (parti des tigres tamouls qui veulent leur indépendance sur l'île). Sans pour autant, vouloir leur accorder ce qu'il demande. Un de ses spots publicitaires fait pleurer la veuve et l'orphelin, en montrant la dure vie d'un retraité militaire sri lankais qui ne peut vivre dans la paix…
Quand on discute avec les sri lankais, ils sont bien évidement bien partagés… et les arguments bien souvent contradictoires ou peu claires.
Il y a ceux-celles qui croient en la politique actuelle de ce gouvernement, mais qui ne sont pas dupes non plus (immobilisme, corruption…). Et ceux-celles qui croient en une meilleure situation de vie grâce à une économie fleurissante… Pour preuves, si besoin est, le leader de l'opposition promet de doubler les salaires pour Noël ! Si il est élu, bien sûr… Ici aussi, la télé joue remarquablement bien son rôle de pousse-à-la-consommation…

Il y a en tout 13 candidats, mais les médias ne parlent que des 2 dominants.

Pour moi, le plus grave, c'est que dans l'un ou l'autre des discours des Sri Lankais, je n'ai pas trouvé de réflexions politiques à long terme, pas de vision collective, pas spécialement d'analyse ou d'esprit critique…
La langue anglaise n'aidant pas, je le conçois, mais cette conscience je pourrais, je pense, la comprendre autrement que par des mots…
Après, je n'ai pas non plus rencontré toutes les catégories de personnes…
D'après les sondages, Ranil serait favori. Cela mettrait fin à 11 ans de politique actuelle…
Mais ce serait aussi, le début de troubles, voir de mise en place de couvre-feu après les élections.

A suivre après les résultats…
Romain

07/10/2005

Le Sri Lanka vu de là bas... N°6

Le 17 septembre 2005,
Matara.

Bref, tout ça pour dire que les jours passent et ne se ressemblent pas, loin de là.
Et notre programme continue.


On a vu l'arrivée d'une équipe Radio et de Clowns… Mas là c'était prévu !

L'idée était de favoriser la libre expression, le droit à la parole, etc.
D'où la présence d'une équipe française qui vient monter une radio éphémère pour les jeunes des camps. 15 d'entre eux se sont transformés en journaliste, interviewers, chroniqueurs, animateurs de radio.
C'était chouette !
Le top, c'était la retransmission dans les camps, le soir, des émissions de la veille.
Bon, je ne vous cache pas qu'on a eu quelques problèmes quand même…
La liberté d'expression ne plait pas à tout le monde, surtout aux moines.

Lors du Tsunami, les Sri Lankais ont trouvé refuge auprès de lieux saints. Du coup, tous les camps sont principalement sur des terrains appartenant à des temples. Et certains moines commencent à péter les plombs, soit sur le fait de subir des familles désoeuvrées, soit sur celui de vouloir une part de l'argent des ONG.
Dans un des camps, le moine a cru comprendre que nous parlions de religions et surtout sur le fait que nous voulions convertir les enfants au christianisme !! Faut dire qu'il y a quelques années, World Vision, ONG américaine, avait forcé des Sri Lankais à se convertir pour quelques poignées de dollars. Les gens se sont un peu énervés et on cramé plus de 200 églises… Faut pas énerver un bouddhiste, il a l'allumette facile.

Donc, ce fameux moine a amalgamé notre travail avec ce passé pas si lointain. Et puis il en a rajouté sur le fait que ce n'était pas bien de laisser faire les jeunes, de leur laisser la libre expression, etc. Car c'est la porte ouverte au manque de respect envers les plus grands… On lui a fait réécouter l'émission en question, et il a pas vraiment reconnu qu'il s'était planté. Le thème était sur les Droits de l'enfant et la liberté de choisir sa religion, ou de ne pas en avoir…

L'autre moine lui a carrément écrit une lettre d'accusation contre notre programme. Nous faisions du trafic d'enfant (ahahah !!) et que nous n'étions pas transparent sur TOUT l'argent que nous avons, et que surtout il ne pouvait pas nous laisser faire de la corruption tout seul, qu'il devait avoir une part de l'argent (véridique !). Du coup, il s'est décrédibilisé tout seul avec ça. Et puis il nous demandait de payer pour être présent dans le camp sous prétexte que le terrain était au temple, qu'il pouvait nous laisser faire si on lui construisait une sorte de maison, etc.
La lettre a fait le tour des autorités (qui avait déjà des problèmes avec lui) et des ONG, du coup, on continue d'aller dans le camp, les familles et les enfants nous soutiennent et on a plus revu le moine.
Mais ça fait poser des questions…

Le moine a fait serment de se désintéresser de tout ce que ce monde comporte, surtout avoir un détachement matériel. Il n'est pas censé avoir des vilaines pensées, de dire des mensonges, etc. Il est l'exemple pour la communauté.
Alors comment cela se fait-il que l'on rencontre des personnes comme ça ? Sans parler de ceux qui sont dans le parti de moines extrémistes, nationalistes…
Quoi ? Traitez moi de naïf pendant que vous y êtes !!!
Ok, c'est comme dans tout il y a du bon et du mauvais. Comme dirait quelqu'une, que j'aime beaucoup, pour que la part de lumière puisse exister, il faut qu'il y ait une part d'ombre. A méditer !

Voila pour la radio.

Pour les clowns, c'est encore une autre histoire. Plus culturel !
2 clowns, sont là pour un mois, pour former 15 animateurs à trouver leur clown au fond eux-mêmes !
Le souci, c'est que le clown ici, ce n'est carrément pas courant. Les seules images qu'ils ont, c'est le joker, le bouffon… Du coup, c'est super intéressant comme échanges…
Le plus dur, c'était de faire une déambulation dans la rue ! Certaines (25 ans) avaient l'interdiction de leurs parents de se montrer comme ça. Déjà que animateur-trice, c'est pas un métier, alors clowns !

En tout cas, que ce soit pour la radio, les clowns et le reste du programme, c'est super formateur !

Après la petite semaine de vacances de juillet, le boulot est bien revenu à la charge…
Et puis, on a eu une nouvelle arrivée, celle de la nouvelle chef de mission. Pas triste non plus !
Cela pourrait être une loi physique : tout nouveau élément débarquant dans un nouvel environnement provoque un changement ! Et c'est pas juste le changement de meubles, c'est aussi une conception, un changement de fonctionnement, de rapports au staff, etc.
Mais bon, ça aussi c'est formateur !

M'en voulez pas trop d'arrêter là, mais je dois y retourner…

A la prochaine !
La Biz
Romain

05/10/2005

Le Sri Lanka vu de là bas... N°5

Le 17 septembre 2005,
Matara.

Nous y voila. Moi qui disais "n'hésitez pas à m'écrire, je vous donnerai des nouvelles…" Tu parles !!
Le 3ème mèls en 5 mois… Pas mal pour un début ! Bref. Ne dites plus rien et continuez…à lire.

Je vous avais laissé avec le boulot, des journalistes, une chef de mission (inadaptée) sur le départ, etc.

Reprenons sur les journalistes. Ils ont débarqués pour un "Revival" : 6 mois après. Avec la grande question intelligente, mais pourquoi rien n'a été fait ?
On a vu 2 types de journalistes… Le premier qui sait de quoi il parle et qui se la joue plutôt humble et le 2ème qui ne connaît rien à rien mais qui se la joue professionnel…
Le 2ème cas est beaucoup plus intéressant à étudier.

Tout d'abord ce sont ses grosses questions inoubliables, avec l'explication que les réponses doivent être le plus simples possibles (ben oui, c'est la télé quand même)… C'est le gars qui à la trentaine plus que trépassée et qui va tout faire pour draguer la traductrice qui a 20 ans à peine, méprisant les codes de coutumes du pays… C'est le même qui, nationaliste comme Le Pen, va nous sortir une tirade du genre : C'est trop beau ce que vous faites pour ces pauvres gens, et en plus vous avez quitté la mère patrie pour aider ces malheureux… ou encore : comment se fait-il que les autres ONG ne respectent pas l'ONG Française que vous êtes ? La première ONG est française, c'est quand même la … Croix Rouge !
Bref, le type qui fait gerber, surtout quand tu lui demandes d'attendre avant de filmer d'avoir les autorisations…et qui commence à s'introduire dans le camp des personnes déplacées à filmer à la TF1…
Ben oui, le gars il est de France 3 pourtant…

Et surtout, le top c'est : pourquoi en 6 mois, rien n'a été fait ?
Alors là, tu respires. Tu re-respires. Et tu essayes de lui faire comprendre que reconstruire un pays en qqes mois c'est pas gagné ! Surtout quand il y a une loi qui te dit de ne pas le faire avant 100 mètres de la mer, quand une autre nouvelle loi t'interdit de transporter du sable, quand tu n'as pas de terrain approprié pour reloger les gens, quand tu vois que le nombre d'ONG est important sur tel endroit, du coup d'autres zones sont délaissées…

Et après il y a le système pervers du truc qui te fait voir des incohérences, des incompréhensions.
La famille qui ne veut pas quitter le camp parce qu'elle est devenue dépendante de l'aide apportée.
La famille qui vit encore sous tente la journée, au bord de la route, mais qui rentre le soir dans une maison, à l'intérieur des terres. Ben oui, la journée, elle attend la visite des ONG pour recevoir des aides : beaucoup plus intéressant que d'aller travailler !!
Que des ONG pratiquant le "Cash for Work" dérègle l'organisation sociale. Le "Cash for Work" permet pour l'ONG d'employer des personnes à faire des travaux collectifs : nettoyer un canal, le bord des routes, reconstruire une route, refaire des canalisations, etc. Ces personnes vont travailler mais pendant ce temps, ne vont pas chercher un travail durable, ni s'occuper de leur situation (maison, papiers administratifs, etc.). Puisque qu'une fois, le travail finit : merci, et votre contrat s'arrête là…. Ou quand l'ONG s'en va, la personne n'a plus de travail non plus.

Pas mal de choses ont été faites en 6 mois. Plus ou moins bien. Enormément de distributions à la con.
Distribuer des choses qui n'ont rien à voir avec la culture et les habitudes du pays (ex. des couvertures ! avec 30° en moyenne toute l'année, la couverture est un peu superflu !). Des distributions de choses usagées : des vêtements sales, usés qui correspondent à une mode des années 50. Les distributions sauvages de touristes bien attentionnés mais qui contribuent à la dépendance, au trafic, au dérèglement économique, à des scènes sordides : batailles entre les parents pour arracher la peluche ou le vêtement trop grand pour son enfant, avec en fond, le bon gros touriste qui suintent de sueur prenant des photos…
Sans parler des ONG ou touristes profondément croyants qui profitent des distributions pour glisser des messages à caractères religieux… La Croisade et l'évangélisation ne sont pas finies… sans parler du colonialisme déguisé…

Bref, tout ça pour dire que les jours passent et ne se ressemblent pas, loin de là.
Et notre programme continue.

A suivre…
Romain

21/07/2005

Le Sri Lanka vu de là bas... N°4

Le 20 juin 2005,

Matara.

 

3 mois. Ça fait jour pour jour, 3 mois que je suis à Sri Lanka. 3 mois qui ont des allures de 3 ans. Le temps passe si vite, que je n'ai plus la notion du temps.

Pourtant 3 mois, ce n'est pas long.

Mais 3 mois avec des évènements aussi importants et nombreux que j'ai rencontrés, ben ça donne l'impression d'avoir vécu 3 ans. Mes quelques poils blancs qui apparaissent me le font bien sentir…

 

Quoi de neuf depuis un mois ?

Du changement dans le boulot ! Nous restons toujours la petite ONG française face aux grandes ONG anglaises et autres, mais voila, petit à petit l'ONG fait son nid !

On intervient dans des camps, au niveau de l'animation socio-culturelle, auprès de 150 enfants au total.

L'équipe de 6 animateurs-trices Sri Lankais-e-s sont super motivés !

Notre approche est nouvelle et différente de ce qu'il peut y avoir.

 

Il faut savoir que les enfants et les jeunes sont conditionnés à un système à la japonaise. T'as école le matin, jusqu'à 2 heures et ensuite, tu te payes des cours particuliers pour t'améliorer, les après-midi. Et ce, même le samedi et dimanche.

Du coup, il n'y a pas de place pour les loisirs.

C'est à mettre en lien avec le bouddhisme, dans le sens, où tu dois "emmagasiner" le plus possible de connaissances. C'est du bonus pour tes vies futures !! Faut voir…

Ça donne des échanges sympas entre les parents et nous… Jamais vous ne ferez jouer mon fils (ma fille) à des jeux pour enfants ! Oui, mais c'est un peu pour leur bien quand même… Ce n'est plus à démontrer que le jeu est vecteur d'apprentissage pour l'enfant, que c'est grâce à ça (et pleins de bonnes autres choses !) que l'enfant construit sa personnalité, son expérience…

Bon, ben, tout ça faut l'expliquer en anglais et en Cingalais !

Le top c'est quand je prends l'exemple du puzzle… et ce n'est pas de la caricature ! C'est du vécu…

Donnez un puzzle à un enfant de 9 ans, allez on va dire une 30taine pièces (sur la boîte c'est marqué à partir de 3 ans)… et regardez pendant 5 minutes ! Au bout du temps réglementaire, vous expliquez que le fait de rentrer les pièces par la force n'est pas dans la règle. Si, si je t'assure la tête de l'oiseau ne va pas à la place de ses pieds (sans parler de la couleur qui ne correspond pas) ! bref, fous rires garantis…

Ce jeu tout bête, permet aux parents de leur faire prendre conscience qu'avec un jeu anodin, qu'est le puzzle, on peut s'en servir pour tenter un apprentissage à la logique et à la construction mentale. Etonnant, non ?

Ce n'est pas dans un esprit de moquerie ou de naïveté que je dis ça, mais bien dans le fait que la rencontre de culture et de façon de vivre-penser connaît encore de belles expériences !!!

 

Un autre problème essentiel avec les enfants que nous rencontrons dans les camps, c'est la violence. C'est-à-dire qu'ils avaient un comportement complètement déstructuré et déviant.

Ok, ça reste des enfants qui bougent, chahutent, les garçons tirent les cheveux des filles, etc.

Mais, on voit des actes de violences, d'injures. Ils reproduisent des scènes vues et vécues par leurs parents.

Un des fléaux rencontrés dans les camps, est l'alcool.

Il s'agit d'un schéma courant : la cohabitation les uns sur les autres, la dépendance à un système de donations, pas de travail, replis sur soi, difficulté à retrouver une vie sociale, fuite dans l'alcool, la drogue, comportement décalé par rapport à une normalité, tensions sociales, pertes de repères, etc.

Avant, les animateurs voyaient en l'enfant : un être innocent, comme une fleur, que l'on doit rendre heureux, être un copain-copine… Ok, à vous de voir sur le terrain !

Maintenant, leur discours est plus autour de : il doit obéir un minimum, il a besoin de cadre, de limites, il peut-être méchant, etc.

Là où c'est valorisant, c'est qu'en plus d'un mois, l'équipe de motivé-e-s a réussi à imposer un minimum de cadre, les enfants sont plus à l'écoute et plus respectueux, les uns envers les autres. Comme quoi, la fleur a besoin d'un tuteur !!!

 

Un des autres problèmes : ce sont les autres ONG !

Je vous avais raconté le problème de faire sa place face aux grandes qui disent tout faire et bien mieux que toi. Maintenant le soucis, c'est de garder le peu de place que t'avais réussi à faire !!

Ah, bon, je savais pas que vous interveniez 2 fois par semaine dans ce camp ! Ben oui, mais nous on veut intervenir toute la semaine, et on veut donner à manger aux enfants et leur faire faire des cours particuliers (anglais, mathématique, etc.), alors les faire jouer, ça sert pas à grand-chose…

Putain !!! et les réunions de coordination ?  C'est pour les chiens pouilleux et galleux ?

Déjà qu'à ces fameuses réunions, il n'y a pas grande chose de transcendantale alors si en plus, on fait pas tourner l'info…

Du coup, je me retrouve à dire et faire ce que je dénonce : "protéger" son pré-carré, planter son drapeau pour dire qu'on était là les premiers, que jouer, c'est hyper important, ok, on peut se partager le planning, etc. L'impression d'assister à un jeu de monopoly : tu gardes ce camp et je prends celui là… Du grand n'importe quoi !!!

Mais bon, on garde à l'esprit que c'est pour les enfants que l'on fait tout ça. Et je pense qu'on a raison, on commence à voir un changement de comportement de leur part.

 

Tout d'abord, ils sont super contents quand ils nous voient arriver dans les camps pour leur proposer des jeux. Du tout petit au pré-ado, qui se précipitent avec sa chaise en plastique pour prendre place sous le lieu commun.

Et depuis quelques semaines, ils arrivent à jouer ensemble, à ne plus se jeter des pierres dessus, à s'insulter.

Ils prennent part aux jeux de manière naturelle, comme un enfant a besoin de le faire pour se développer, s'enrichir…

Un des indicateurs de réussites du programme sont les parents. Réticents au départ, car on ne proposait pas des cours particuliers, ils ont compris la démarche et pour certaines mères de famille, elles viennent avec leurs enfants pour jouer (voir empêche leurs enfants de jouer pour le faire à leur place).

Et puis ce sont leurs témoignages, de reconnaissance parfois, mais surtout de satisfaction. Elles voient leurs enfants changer. Pour l'une, son enfant avait peur des autres, voulait rester chez lui, n'exprimait plus aucune émotion, pour une autre, son enfant n'écoutait plus, se battait tout le temps, et du coup était plus ou moins rejeté des autres…

Tout n'est pas parfait, certes, mais ces enfants là ont évolué, ils ont retrouvé une place perdue. Ils (re)découvrent le jeu, le jeu à plusieurs, des règles simples à respecter, et surtout, chose essentiel, le plaisir ! Combien de fous rires déclanchés pour des broutilles ?! Cela peut paraître peu de choses, mais à voir, à vivre, c'est du pur bonheur !

Le top aussi, c'est de voir un groupe de jeunes sortir des camps et les emmener à 1 heure de route (30 kilomètres) et faire une sortie culturelle-historique… Oui, ici, on organise pas de sortie shopping ou patinoire ! Hein, Valou !

Pour donner un peu de sens à tout ça, on lie le côté utile à l'agréable, et ça marche super bien… Du jamais vu, même les animatrices ont été force de proposition et d'innovation… et que de bons souvenirs pour eux à raconter !

 

Dans le genre des bonnes nouvelles, on a également le départ de notre chef de mission.

Elle avait la connaissance du pays, de la langue (ce qui est un plus !) et de certains contacts déjà sur place. Ça on ne peut pas lui enlever. Le problème, c'est qu'elle s'est retrouvée sur un poste dont elle n'a pas l'expérience (ok, ça peut-être la 1ère fois) mais surtout pas les compétences, les qualités, les outils, etc.

Une véritable catastrophe pour animer les réunions, pour présenter le programme aux ONG, bailleurs, autorités locales… Aucune vision globale sur le projet, assortie d'une mauvaise foi, d'aucune remise en cause, pas d'analyse, ni de prise de recul et pour finir : pas d'écoute !

Vous trouvez que ça fait beaucoup pour une seule personne ? Ben oui, mais sans exagérer, c'est bien la chef de mission que j'ai eu pendant 3 mois !! 

Bon, maintenant, je peux tourner la page, ça ne vaut pas la peine de passer trop de temps sur elle.

Juste pour celles et ceux qui me connaissent bien, elle fait partie des personnes qui ont réussi à me faire sortir de mes gonds !! Pour dire…

 

Autres personnalités dans le milieu qui sont du genre énervantes : les journalistes ! mais ça j'en parlerais dans mon prochain mèl…

Bientôt : ne manquez surtout pas : les journalistes et leur quête de vérité !! La suite du programme, la préparation des vacances (ouais ! une semaine après 4 mois de terrain), les petits moments de vie qui écarquillent les yeux et donnent la patate, les animaux de l'île, les moments déprimants qui font que tu pries pour qu'un autre Tsunami arrive et n'emporte que toi, loin du boulot, le cinéma Sri Lankais, etc.

A suivre !

Romain

29/05/2005

Le Sri Lanka vu de là bas... N°3

Matara, le 23 avril 2005

Les habitants de l'Ile !
Bon, là aussi ce n'est pas simple, simple…
On peut diviser en 4 catégories : les Cinghalais (grosse majorité), les Tamouls, les Musulmans et les Chrétiens. Là où ça se complique, c'est que les 2 premiers sont des ethnies et les autres des religions…
La séparation est bien nette chez eux.
Je suis dans le sud, et il y a des Cinghalais, des Musulmans et des Chrétiens. Les Tamouls sont plus à l'Est et au Nord…
Dans l'ensemble le contact est facile. Parfois trop !! L'intimité n'a pas spécialement les mêmes limites pour eux que pour moi… Mais bon, rien de grave !
Ils ont le sourire quasi tout le temps, et ce sont de sacré boute-en-train !!!
Ils ont qqes blagues sur le Tsunami pas mal et chambrent aussi. Dans l'équipe, il y a une ambiance assez sympathique…

On est assez loin des problèmes liés aux "Tigres", le parti Tamoul lié à la revendication d'une partie de l'île. C'est plus au nord et à l'est.
Ici, nous avons les tordus du JVP !! A la base, c'est un parti marxiste révolutionnaire des années 70. Très underground, ils faisaient des opérations de destructions en tout genre…
Par la suite, ils se sont encore plus radicalisés et ont pu avoir une ouverture sur l'extérieur. Ils ont changé de discours et sont devenus maintenant un parti nationaliste, xénophobe et tout le tralala. Ils ont appelé à manifester contre les ONG mafieuses, contre les blancs colonisateurs, etc.
OK. Je peux comprendre certains discours, surtout que des ONG ont fait de la conversion forcée, en 2003-2004… Du style, je te file 200 dollars et tu n'es plus bouddhiste mais chrétien. Du coup, ça fait désordre…
Donc le discours du JVP s'appuie sur des peurs et des amalgames faciles : tout les étrangers sont des chrétiens en puissance qui viennent nous convertir, violer nos femmes, etc. Là où c'est dangereux, c'est qu'ils sont au pouvoir, une petite partie seulement, grâce à la présidente actuelle. Elle ne leur a pas tenu rigueur d'avoir tué son mari… Elle avait besoin des voix du JVP pour être élue… Ahaaa, le pouvoir…

Après comme dans tous les pays, il y a des arnaqueurs, des voleurs, des sympas, ceux et celles qui se mettent en 4 pour t'aider.
Mais dans l'ensemble ils sont adorables ! Je me sens vraiment bien dans ce pays. Il n'a pas ce côté repoussant des pays à la nature hostile, ou des habitants froids et distants.
C'est sur que les cocotiers, le ciel bleu (pas tout le temps non plus), le soleil et les plages de sable blanc sont un moyen de vite te faire oublier les soucis !

Questions loisirs…
Alors, sans rire, je n'ai pas spécialement bien pris le temps de m'évader bien loin de Matara . A une heure de là, j'ai retrouvé une copine (Caro pour les intimes) qui m'a fait découvrir un petit coin de paradis où tu oublis (presque) les soucis de la mission. Bord de plage, cocotiers, sables, qqes vagues pour le surf, etc.
Non, je ne suis pas devenu surfeur ! j'ai essayé mais la mer n'a pas voulu…
Tout ça pour dire, que je suis partagé entre parfois le boulot (du 24h sur 24h) où tu côtoies des familles, des situations de vie difficiles et ce pays avec des endroits paradisiaques…
C'est la difficulté d'une mission post-urgence. On arrive à la charnière entre de l'urgence où les ONG déboulent, donnent de tout et aussi des trucs inadaptés, et le développement où les projets sont sur du long terme avec un objectif de retour à une vie normale, voir meilleure…
Les familles ne comprennent pas que nous ne donnions rien. On a pris le parti de faire des actions démonétisées… et d'apporter plus un soutien humain, d'accompagnement, de mise en réseau… dans l'ensemble c'est bien suivi, mais le résultat ?

Pour les activités avec les enfants, ça marche du tonnerre !
Ils sont plus habitués à faire des cours après l'école, les après-midi, du genre aides au devoir ou spécialisation en anglais, math, etc. du coup, quand on arrive pour faire des jeux ben c'est sur que ça cartonne. Les parents aussi participent et regardent un peu interloqué… L'animation comme en France , n'est pas dans leur habitude.
On a organisé un "concours" pour la création de lanternes à l'occasion d'une fête dans le pays Wesak. Pleins de lumignons de partout, de guirlandes et autres papiers colorés décorent les maisons. Parents et enfants étaient super intéressés par ça. Ça leur change de leur vie dans les camps, où problèmes d'alcool, de violence, de cohabitation sont choses courantes.
Et voila, je vous parle de mes loisirs et au final je parle boulot…

Depuis qu' Emilia m'a rejoint, ça m'aide aussi à me poser et à ne pas tomber dans le boulot à fond. Mais le problème de bosser ensemble fait qu'on parle aussi boulot souvent, souvent, souvent…
Bon, mais nous ne sommes pas trop à plaindre quand même !!!

J'ai fait connaissance avec des Sri Lankais (en dehors du boulot !) avec qui j'ai pu partager des moments "forts" : le nouvel an du 13 avril !
Première fois qu'il recevait un étranger chez eux pour cet événement, du coup j'étais au petits soins. Ça m'a permis de comprendre le rapport à la famille entre eux.
Tout travail doit absolument s'arrêter à 18h15. Plus le droit d'utiliser le feu, de faire des transactions financières, de servir quelqu'un, de travailler, etc.
On mange ce qui a été préparé avant 18h15.
Et en soirée on va au temple avec des offrandes, de types fleurs blanches, huile de coco utiliser comme combustible dans des lampes à huile, de l'encens, des gâteaux…
On se met n rond et on fait circuler les offrandes autour de l'arbre à Bouddha (arbre spécifique avec de grosses feuilles à la forme d'un cœur). Les offrandes sont rentrées dans le temple et vient le temps des prières et du sermon du moine. Tout le monde est assis par terre, tête baissée, les mains jointes au niveau du visage, face à une statue de bouddha en position assise. Les prières sont un mélange monocorde de chants et de discours. C'est assez lancinant et on plonge assez vite dans une "zenitude"…
En discutant avec la famille Sri Lankaise, ils m'apprennent que le discours de Bouddha (en gros) est "qu'il est bon de prendre tout ce que les gens vous disent et d'en faire sa propre opinion, et non pas de croire et de répéter bêtement ce qu'on peut vous dire". Je trouve l'approche intéressante : favoriser l'esprit critique (on dirait un Kundun à Lionel !).
Ça change des chrétiens et autres religions qui disent "Dieu a dit ça, alors il faut faire comme ça…"
Ok, après dans la réalité c'est pas si simple… et puis ici, les bouddhistes sont un poil nationaliste ! un des seuls pays où la religion n'est pas coupée du gouvernement… Nul n'est parfait !

Bref. Les autres coutumes sympas du nouvel an sont des jeux à gogo : vider le plus rapidement une noix de coco, manger en série une sorte de yahourt avec du miel, faire des jeux de force, etc.
Plus des chansons et des danses traditionnelles…
Le lendemain il faut se lever vers les 5h (ah oui quand même !) et préparer le riz au lait qui doit bouillir dans un pot en terre plus d'une heure… A 7h08 (précise !), tu dois avoir une activité liée au travail : lire un livre, écrire quelque chose, compter, faire des devoirs, etc. Tout le monde doit être tourné dans la même direction… c'est le signe d'un début d'année qui commence sous de bons auspices. Et ce qui est fou c'est que TOUT le monde fait la même chose au même moment ! Tout le monde, c'est-à-dire toute la ville, le pays, etc.
Ensuite on mange le riz au lait, et toutes sortes de spécialités (poissons, sauces diverses, fruits, légumes, etc. pimentées, salées…). Et enfin, on attend la venue de la première personne de la famille qui permettra à notre tour d'aller visiter une autre personne qui pourra elle aussi aller voir quelqu'un et ainsi de suite…
Lors de la visite, il y a tout un rituel. On allume une lampe à huile, on fait brûler de l'encens, et l'invité donne dans une feuille de l'arbre à Bouddha, de l'argent ainsi que ses meilleurs vœux… Très émouvant et touchant.
Les plus jeunes saluent, en baisant les pieds de la personne.
Dans la journée, s'ensuit une visite des ami-e-s, de la famille, etc.
Voila un nouvel an au Sri Lanka , un 13 avril…

A suivre…
Romain de Matara

27/05/2005

Le Sri Lanka vu de là bas... N°2

Matara, le 23 mai 2005.

"Aaaahhh, enfin !", vont se dire certain-e-s qui réclament des nouvelles. "Tiens, il est encore là ?", vont se dire certain-e-s qui pensent qu'on utilise Internet que de chez soi… "Tiens, il est plus là ?", vont dire d'autres qui ont loupé le train que j'avais pris l'avion…

Mea culpa, je sais, déjà plus de 2 mois que je suis parti, mais ici le temps ne passe pas pareil (décalage horaire de 4 heures oblige !). Bref, je suis là et voici enfin des nouvelles…
Pour les autres qui n'en attendaient pas, c'est pas grave ça fait toujours plaisir !

Voila 2 mois que je suis parti pour une mission liée au Tsunami, à Sri Lanka.
Mais par où commencer ?

Le boulot !
C'est quand même pour ça que je suis là !!!
Je suis parti avec une ONG qui travaille sur un projet de soutien psycho-social aux personnes affectées par le Tsunami. C'est l'objectif global de la mission.
Si vous avez bien fait attention, il s'agit bien de personnes affectées et non pas des victimes. La différence linguistique est pour moi importante, car elle démontre la volonté de ne pas "victimiser" les personnes. Je trouve cette démarche intéressante car elle ne place pas les personnes en état de faiblesse ou d'infériorité, et nous en tant que sauveur de la planète et dans un rôle paternaliste. Bon, certain-e-s trouveront que c'est jouer avec les mots et que cela dépendra comment le travail sera fait sur place, avec les gens. C'est vrai mais c'était un préambule que je voulais souligner…

Lorsque notre responsable géographique, a fait la mission d'évaluation pour voir si il était nécessaire de commencer un programme à Sri Lanka, c'était il y a presque 3 mois. La situation à l'époque était un peu différente. Ce qui signifie que les objectifs d'interventions correspondaient à un moment donné, mais entre la fin de la mission et notre arrivée, ben il y a eu comme qui dirait un peu de changements !! Non, toutes les familles n'ont pas trouvé à se reloger, mais juste qu'il fallait revoir les objectifs.
Pour rappel : il y avait un volet psychologie-écoute-formation… Post-trauma pour les familles déplacées se trouvant dans les camps.
Un volet autour du soutien social pour les familles déplacées se trouvant dans les camps. C'est-à-dire un accompagnemet pour celles qui ont perdu leurs papiers légaux et qui doivent les retrouver, idem pour du travail.
Un autre volet sur des activités socio-éducatives pour les enfants et jeunes des camps.
Un dernier volet "Protection" lié aux abus (tout types d'abus) envers les enfants, à l'intérieur des camps, et l'étendre sur la problématique du tourisme sexuel…

Au final, on a regroupé le premier volet et le dernier (écoute-protection), on a démarré les volets soutien social et activités Socio-éducatives.
Pourquoi ? Les changements que nous avons découverts étaient multiples…
Grosse présence des ONG, le nombre est impressionnant !! Et du coup c'est un peu la chasse gardée des endroits déterminés tels que les camps. La population est cantonnée dans un lieu, donc plus facilement identifiable et accessible : très pratique pour les distributions et autres actions !!
Du coup, quand une petite ONG débarque on nous fait bien comprendre que nous n'avons pas notre place, qu'ici c'est la cour des grands et qu'en gros il faut aller jouer ailleurs…
Le responsable d'une ONG nous parlait de ses camps à lui, de ses déplacés, ses familles… Ok, excuse je te laisse tes familles et tes camps… Bienvenue dans un monde meilleur !
Quand on expliquait nos objectifs, les premiers, tout le monde nous disait "ah, mais ça mes cocos, on le fait déjà…" !

Vous rajoutez à ça le fait que l'administration gouvernementale de Matara, avec qui on avait signé un partenariat (le MoU pour les connaisseurs ! Memorandum of Understanding) ne se souvenait pas spécialement de nous, ben ça vous donne une idée de l'ambiance sur place…

Bref, après avoir fait le tour de réunions de coordinations (ou les ONG expliquent ce qu'elles font), quelques visites des camps, on a décidé de lancer le volet soutien social.

J'ai la responsabilité de ce volet et de celui des activités socio-éducatives.
Pour le soutien social, le but est de voir les 350 familles dans les 6 camps (ben oui, je suis un peu têtu ! on me dit de pas aller dans les camps alors forcément…), de recenser de manière exhaustive toutes informations nécessaires pour accompagner les familles à retrouver leurs papiers légaux (carte identité, certificats divers…) et si possible un travail (via des formations si nécessaire), ceci pour faciliter le retour à une vie "normale"…
J'ai recruté une petite équipe de 6 personnes super motivées qui tombe le travail plus vite que je ne le pensais… maintenant il faut analyser tout ça et voir si le travail à faire est pertinent, car on découvre des choses de jour en jour…
Bref, le but était de commencer dans les camps et de voir en dehors des camps. Tout le monde ne se retrouve pas dans les camps, et ceux-celles qui sont "dehors", ont encore un bout de maison ou sont dans leurs familles, reçoivent beaucoup moins d'aides… mais ont des besoins quand même…

Dans le genre tranches de vie, il y a de tout…
Il y a ceux et celles qui ne veulent plus partir des camps (ben oui, l'aide tombe du ciel sans rien faire…).
Ceux et celles qui n'ont plus de boulot (grosse majorité de pêcheurs, donc habitant sur le bord des plages…) et qui essayent de retrouver qqe chose mais n'ont pas de qualification…
Ceux et celles qui ont perdus plus que des biens : une femme, un mari, un enfant, voir 2 ou 3…
Pas facile d'écouter, de voir pleurer des personnes qui vous racontent ça… Même si pour eux-elles le rapport à la mort est différent que par chez nous, ben quelqu'un qui n'est plus là, n'est plus là…

Après il y a des "histoires" un peu plus drôles et sympa… le gars de 60 ans qui recherche à se marier et qui fait du gringue aux jeunes de l'équipe, en leur racontant qu'il a tout ce qu'il faut même 2 oreillers !

En règle général, la vie dans les camps n'est pas terrible quand même ! Certains sont à 2 ou 3 familles dans une chambre de 15 m²… Lors des grosses pluies les problèmes sanitaires surgissent… Pas d'intimité pour les personnes… L'armée surveille toutes les entrées et les sorties… Les enfants sont sans surveillance et ont un comportement souvent agressif… etc.


Leur demande principale est bien sûr d'avoir une maison…loin de la mer. La peur du Tsunami est encore bien présente…

A suivre...
Romain de Matara

09/05/2005

Désolé, c'est un peu long...

Je sais pertinent qu'un blog doit être alimenté, partagé, enrichi...

Mais là, je n'ai pas le temps de mettre par "écrits" ce que je vis au Sri Lanka, pas spécialement l'envie quand j'ai une journée de libre de brancher l'ordi, pas le courage d'attendre des heures car la connexion internet ultra rapide est au maximum à 33 kbits...

Donc désolé pour vous qui attendez des nouvelles, pour Nico, Sylvie, Aziz et les autres qui m'envoient leurs nouvelles et que je ne mets pas sur le SiL...

Mais promis, bientôt, je prends mon courage à deux mains, et je vous offre les premières lignes, presque en direct...

En attendant, vous pouvez toujours naviguer sur les sites ami-e-s....
Olivia, Lionel, Hubert, Arno, et tous-toutes les autres...

à suivre...
Romain, à Matara - Sri Lanka !

20/03/2005

Le Sri Lanka vu de là-bas... N°1

Hello Vous Toutes et Tous !

A force de chercher, fallait bien que ça me tombe dessus !

En ce jour, je m'envole pour le Sri Lanka, sur un poste de responsable pédagogique.
Le programme est axé sur du soutien psychosocial et de la protection des enfants affectés par le Tsunami.

En gros, j'interviendrai sur 2 objectifs : le soutien social aux enfants et aux familles (volet plus administratif et légal – documents personnels, compensations financières, obtention de la terre, etc.) et l'organisation d'activités récréatives (formation, création d'aires de jeux, promotion du retour à l'école…).
Plus une partie Protection liée aux différentes formes d'abus (physique, sexuel, moral…).

Bien évidemment, on ne va pas réinventer l'eau chaude !!! Ce sera un soutien et un accompagnement aux structures locales déjà existantes…

A tout cela vous rajoutez le "cirque" des ONG (les premiers à planter son drapeau, le nombre impressionant d'ONG…), la bonne volonté de particuliers qui distribuent stylos, dollars à la volée, directement aux enfants, plus les évangélistes ou autres églises de Scientologie…

C'est sur que ce n'est pas le pire des endroits, à ce que racontent certain-e-s, ou les guides de voyages… mais à voir sur place !!!

Les connexions ne sont pas top, top où je serais donc patience pour les nouvelles...
Mais il se pourrait que j'y croise Olivia !!!

Et toute à l'heure…
…ici ou ailleurs !

Romain